LA REINE, RUV BLAS
Ruy Blas fait quelques pas en chancelant vers la reine immobile et glacée; puis il tombe à deux genoux, Vœil fixé à terre, comme s'il n'osait lever les yeux jusquà elle.
RUY BLAS, d'une voix grave et basse.
Maintenant, madame, il faut que je vous dise.
— Je n'approcherai pas. — Je parle avec franchise. Je ne suis point coupable autant que vous croyez. Je sens, ma trahison, comme vous la voyez,
Doit vous paraître horrible... Oh 1 ce n'est pas facile A raconter. Pourtant je n'ai pas l'ame vile. Je suis honnête au fond. — Cet amour m"a perdu. Je ne me défends pas, je sais bien, j'aurais dû Trouver quelque moyen. La faute est consommée.
— C'est égal, voyez-vous, je vous ai bien aimée.
LA REINE
Monsieur...
RUY BLÂS. toujours à genoux.
N'ayez pas peur, je n'approcherai point. A votre majesté je vais de point en point Tout dire. Ohl croyez-moi, je n'ai pas l'ame vile! — Aujourd'hui tout le jour j'ai couru par la ville Comme un fou. Bien souvent même on m'a regardé. Auprès de l'hôpital que vous avez fondé , J'ai senti vaguement, à travers mon délire, Une femme du peuple essuyer sans rien dire Les iiouttos de sueur qui tombaient de mon front. Ayez pitié de moi , mon Dieu! mon cœur se rompt !