PREMIÈRE PARTIE, SCÈNE II
HERMANN, riant.
Bon ! attends qu'il renaisse !
KUNZ , à Tendon.
On m'a jadis conté ce conte. En ce château
Frédéric Barberousse avait nom Donato.
Le bâtard s'appelait Fosco. Quant à la belle,
Elle était Corse, autant que je me le rappelle.
Les amants se cachaient dans un caveau discret,
Dont l'entrée inconnue était leur doux secret;
C'est là qu'un soir Fosco, cœur jaloux, main hardie,
Les surprit, et finit l'idylle en tragédie.
GONDICARIUS.
Que Frédéric, du trône atteignant le sommet, N'ait jamais recherché la femme qu'il aimait. Cela me navrerait dans l'ame pour sa gloire. Si je croyais un mot de toute votre histoire.
TEUDON.
Il l'a cherchée, ami. De son bras souverain. Trente ans il a fouillé les repaires du Rhin. Le bâtard...
KUNZ.
Ce Fosco !
TEUDON, continuant.
Pour servir en Bretagne , Avait laissé son burg et quitté la montagne. Il n'y revint, dit-on, que fort long-temps après. L'empereur investit les monts et les forêts. Assiégea les châteaux , détruisit les burgraves; Mais ne retrouva rien.
GONDICARIUS, à Jof^siuS.
Vous étiez de ses braves :
Vous avez bataillé contre ces mécréants? Vous souvient-il?
260 • LES BL:RGRAVES.
JOSSIUS.
C'étaient des guerres de géants !
Les burgraves entre eux se prêtaient tous main-forte. Il fallait emporter chaque mur, chaque porte. En haut , en bas, criblés de coups , baignés de sang, Les barons combattaient, et laissaient , en poussant Des rires éclatants sous leurs horribles masques, L'huile et le plomb fondu ruisseler sur leurs casques. Il fallait assiéger dehors, lutter dedans. Percer avec l'épée et mordre avec les dents. Oh! quels assauts! Souvent, dans l'ombre et la fumée, Le château, pris enfin, s'écroulait sur l'armée! C'est dans ces guerres-là que Barberousse un jour. Masqué, mais couronné, seul, au pied d'une tour. Lutta contre un bandit qui, forcé dans son bouge. Lui brûla le bras droit d'un trèfle de fer rouge, Si bien que Tempereur dit au comte d'Arau : — Je le lui ferai rendre, ami, par le bourreau!
GONDICARIUS.
Cet homme fut-il pris ?
JOSSIUS.
Non, il se fit passage.
Sa visière empêcha qu'on ne vît son visage, Et l'empereur garda le trèfle sur son bras.
TEUDON, à Sic an.
Je crois que Barberousse est vivant. — Tu verras.
JOSSIUS.
Je suis sûr qu'il est mort.
CY.NULFUS.
Mais Max Edmond?...
HERMANN
Chimère
TFXDON.
La grotte du Malpas. .