‹ Théâtre de Victor Hugo. 3e sérieChapitre 162 sur 208 · LE MARGRAVE PLATON · texte numérisé non relu

LE MARGRAVE PLATON

Pour t'en débarrasser comment as-tu pu faire?

HATTO

Ils ont fait leur temps. — Puis ils ont l'esprit troublé. Voilà plus de deux mois que le vieux n'a parlé. Il faut bien qu'à la fin la vieillesse s'efface. Il a près de cent ans. — Ma foi, j'ai pris leur place. Ils se sont retirés.

GIANNILARO.

D'eux-mêmes?

HATTO

A peu près.

Entre un capitaine.

LE CAPITALNE, à Hutto.

Monseigneur. . .

HATTO

Que veux-lu?

LE CAPITAINE

L'argentier juif Ferez N'a point encor payé sa rançon.

HATTO

Qu'on le pende.

LE CAPITAINE

Puis les bourgeois de Linz, dont la frayeur est grande, Vous demandent quartier.

HATTO

Pillez 1 pays conquis.

LE CAPITAINE

Et ceux de Rhens?

HATTO

Pillez!

Le capitaine sort, LE BURGRAVE DARIUS, abordant Hatto le verre à la main. Ton vin est bon, marquis!

// boit.

HATTO

Pardieu! Je le crois bien. C'est du vin d'écarlate. La ville de Bingen, qui me craint et me flatte, M'en donne tous les ans deux tonnes.

LE COMTE GERHARD

Régina, Ta fiancée, est belle.

HATTO

V Ah 1 l'on prend ce qu'on a.

Du côté maternel elle nous est parente.

PREiMIÈRE PARTIE, SCÈNE V. 2T7

LE DUC GERHARD

Elle paraît malade?

HATTO

Oh! rien.

GiAWiLARO, bas au duc Gerhard.

Elle est mourante.

Entre un capitaine.

LE CAPITAINE , bus à Hatto.

Des marchands vont passer demain.

HATTO, à haute voix.

Embusquez-vous.

Le capitaine sort. Hatto continue en se tournant

vers les princes.

Mon père eût été là. Moi , je reste chez nous.

Jadis on guerroyait, maintenant on s'amuse.

Jadis c'était la force, à présent c'est la ruse.

Le passant me maudit; le passant dit : — Hatto

Et ses frères font rage en ce sombre château,

Palais mystérieux qu'assiègent les tempêtes.

Aux margraves, aux ducs, Hatto donne des fêtes.

Et fait servir, courbant leurs tètes sous ses pieds ,

Par des princes captifs les princes conviés ! —

Eh bien ! c'est un beau sort ! On me craint, on m'envie.

Moi je ris ! — Mon donjon brave tout. — De la vie ,

En attendant Satan, je fais un paradis;

Comme un chasseur ses chiens, je lâche mes bandits;

Et je vis très-heureux. —Ma fiancée est belle.

N'est-ce pas? —A propos, ta comtesse Isabelle,

L'épouses-tu?

LE DUC GERHARD

Non.

HATTO

Mais tu lui pris, l'an passé, Sa ville, et lui promis d'épouser.

278 LES BURGKAVKS.

LE DUC GERHARD

Je ne sai... — Riant.

Ah! oui, l'on me fit jurer sur l'Évangile 1

— Bon 1 — Je laisse la fille et je garde la ville.

Il rit.

HATTO, riant.

Mais que dit de cela la diète? —

LE DUC GERHARD, riant toujours.

Elle se tait.

HATTO

Mais ton serment?...

LE DUC GERHARD

Ah bah !

Depuis quelques iîistants la porte du donjon à droite s'est ouverte, et a laissé voir quelques degrés d'un escalier sombre sur lesquels ont apparu deux vieillards , l'un âgé d'un peu plus de soixante ans, cheveux gris, barbe grise; Vautre, beaucoup plus vieux, presque tout à fait chauve, avec une longue barbe blanche; tous deux ont la chemise de fer, jambières et brassières de mailles, la grande épée au côté, et, par-dessus leur habit de guerre, le plus vieux porte une simarre blanche doublée de drap d'or, et Vautre une grande peau de loup dont la gueule s ajuste sur sa tête.

Derrière le plus vieux se tient debout, immobile comme une figure pétrifiée, un écuyer à barbe blanche, vêtu de fer et élevant au-dessus de la tête du vieillard une grande bannière noire sans armoiries.

Otbert, les yeux baissés, est auprès du plus vieux, qui a le bras droit posé sur son épaule , et se tient un peu en arrière.

Dans Vombre, derrière chacun des deux vieux chevaliers, on aperçoit deuji écuyers habillés de fer comme leurs

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