TROISIÈME PARTIE, SCÈNE I. 3?.l
Les passants me railler et rire sur la route,
Et tous verront ce Job, qui, cent ans souverain,
Pied à pied défendit chaque roche du Rhin,
— Job qui, malgré César, malgré Rome, respire, —
Vaincu, rongé vivant par l'aigle de l'empire,
Et, colosse gisant dont on peut s'approcher,
Cloué, dernier burgrave, à son dernier rocher! —
// se lève.
Quoi! c'estlecomteJob! quoi! c'estmoiquisuccombe!... — Silence, orgueil! tais-toi du moins dans cette tombe!
// promène ses regards autour de lui.
C'est ici, sous ces murs qu'on dirait palpitants. Qu'en une nuit pareille... — Oh! voilà bien long-temps, Et c'est toujours hier! Horreur!
// retombe sur le banc de pierre, se cache le visage de ses deux mains et pleure.
Sous cette voûte, Depuis ce jour mon crime a sué goutte à goutte Cette sueur de sang qu'on nomme le remords. C'est ici que je parle à l'oreille des morts. Depuis lors l'insomnie, ô Dieu ! des nuits entières, M'a mis ses doigts de plomb dans le creux des paupières; Ou, si je m'endormais, versant un sang vermeil. Deux ombres traversaient sans cesse mon sommeil.
Se levant en s'avançant sur le devant de la scène.
Le monde m'a cru grand ; dans l'oubli du tonnerre, Ces monts ont vu blanchir leur bandit centenaire; L'Europe m'admirait debout sur nos sommets; Mais, quoi que puisse faire un meurtrier, jamais Sa conscience en deuil n'est dupe de sa gloire. Les peuples me croyaient ivre de ma victoire; Mais la nuit, — chaque nuit! et pendant soixante ans! — Morne, ici je pliais mes genoux pénitents] Mais ces murs, noir repli de ce burg si célèbre. Voyaient Tinlérieur indigent et funèbre De ma fausse grandeur, pleine de cendre, hélas! Les clairons devant moi jetaient de longs éclats;
J'étais puissant; j'allais, levant haut ma bannière, Comte chez l'empereur, lion dans ma tanière; Mais, tandis qu'à mes pieds tout n'était que néant, Mon crime, nain hideux, vivait en moi, géant, Riait quand on louait ma tète vénérable. Et, me mordant au cœur, me criait i Misérable! Levant les mains au ciel.
Donato! Ginevra! victimes! ferez-vous
Grâce à votre bourreau, quand Dieu nous prendra tous?
Oh! frapper sa poitrine, à genoux sur la pierre.
Pleurer, se repentir, vivre l'ame en prière.
Cela ne suffit pas. Rien ne m'a pardonné !
Non! je me sais maudit, et je me sens damné 1
// se rassied.
J'avais des descendants et j'avais des ancêtres;
Mon burg est mort; mon fils est vieux; ses fils sont traîtres ;
Mon dernier-né! — je l'ai perdu! — dernier trésor!
Otbert et Régina, ceux que j'aimais encor,
— Car l'ame aime toujours, parce qu'elle est divine, —
Sont dispersés sans doute au vent de ma ruine.
Je viens de les chercher, tous deux ont disparu.
C'est trop! mourons!
7/ tire un poignard de sa ceinture.
Ici, mon cœur la toujours cru, Quelqu'un m'entend.
Se tournant vers les profondeurs du souterrain.
Eh bien ! je t'adjure à cette heure.
Pardonne, ô Donato ! grâce avant que je meure! Job n'est plus. Fosco reste. Oh! grâce pour Fosco!
UNE VOIX, dans l'ombre.
Faiblement, commp un murmure.
Cam '
JOB, troublé.
On a parlé, je crois? — Non, c'est l'écho. Si quelqu'un me parlait, ce serait de la toinbo.
TROISIÈME PAUTIE, SCÈNE 1. 3 23
Car le moyen d'entrer dans cette catacombe, Ce corridor secret où jamais jour n'a lui, Aucun vivant, hors moi, ne le sait aujourd'hui ; Ceux qui l'ont su, depuis plus de soixante années, Sont morts.
Il fait un yas vers le fond du théâtre.
Mes mains vers toi sont jointes et tournée», Martyr ! grâce à Fosco !