ACTE I, SCÈNE Ff
Noble, par une intrigue, homme, sur une femme, Et qui, né gentilhomme, agit en alguazil , Celui-là, — fùt-il grand de Castille, fùt-il Suivi de cent clairons sonnant des tintamarres, Fùt-il tout harnaché d'ordres et de chamarres, Et marquis, et vicomte, et fils des anciens preux , — N'est pour moi qu'un maraud sinistre et ténébreux Que je voudrais, pour prix de sa lâcheté vile. Voir pendre à quatre clous au gibet de la ville!
DON SALLUSTE
César!...
DON CÉSAR
N'ajoutez pas un mot, c'est outrageant.
// jette la bourse aux pieds de don Salluste. Gardez votre secret, et gardez votre argent. Oh ! je comprends qu'on vole, et qu'on tue et qu'on pille ; Que par une nuit noire on force une bastille. D'assaut, la hache au poing, avec cent flibustiers; Qu'on égorge eslafiers, geôliers et guichetiers. Tous, taillant et hurlant, en bandits que nous sommes, Œil pour œil, dent pour dent, c'est bien! hommes contre hommes ! Mais doucement détruire une femme ! et creuser Sous ses pieds une trappe ! et contre elle abuser. Qui sait? de son humeur peut-être hasardeuse! Prendre ce pauvre oiseau dans quelque glu hideuse ! Oh! plutôt qu'arriver jusqu'à ce déshonneur. Plutôt qu'être, à ce prix, un riche et haut seigneur, — Et je le dis ici pour Dieu qui voit mon âme, — ,1'aimerais mieux, plutôt qu'être à ce point infâme, Vil, odieux, pervers, misérable et flétri, Qu'un chien rongeât mon crâne au pied du pilori !
DON SALLUSTE
Cousin ! . . .
De vos bienfaits je n'aurai nulle envie. Tant que je trouverai , vivant ma libre vie , Aux fontaines de l'eau, dans les champs le grand air, A la ville un voleur qui m'habille l'hiver,
Dans mon ame l'oubli des prospérités mortes,
Et devant vos palais, monsieur, de larges portes
Où je puis, à midi , sans souci du réveil ,
Dormir, la tète à l'ombre et les pieds au soleil !
— Adieu donc. — De nous deux Dieu sait quel est le juste.
Avec les gens de cour, vos pareils, don Salluste,
Je vous laisse, et je reste avec mes chenapans.
Je vis avec les loups, non avec les serpents.
DON SALLUSTE
Un instant...
DON CÉSAR
Tenez, maître, abrégeons la visite.
Si c'est pour m'envoyer en prison , faites vite.
DON SALLUSTE
Allons, je vous croyais. César, plus endurci.
L'épreuve vous est bonne et vous a réussi ;
Je suis content de vous. Votre main , je vous prie.
DON CÉSAR
Comment !
Je n'ai parlé que par plaisanterie.
Tout ce que j'ai dit là , c'est pour vous éprouver. Rien de plus.
DON CÉSAR
Çà , debout vous me faites rêver.
La femme, le complot, cette vengeance...
DON SALLUSTE
Leurre !
Imagination! chimère!
DON CÉSAR
A la bonne heure.
Et l'offre de payer mes dettes! vision? Et les cinq cents ducats! imagination?
DON SALLUSTE
Je vais vous les chercher.
// se dirijiP l'en la porte du fond et fait signe à liiiy /?/«s de rentrer.