‹ Théâtre de Victor Hugo. 3e sérieChapitre 80 sur 208 · ACTE 11, SCÈiNE IV · texte numérisé non relu

ACTE 11, SCÈiNE IV

Était qu'on fit ferrer ses mules en or fin. Je tuai don Tirso Gamonal.

RTIY BLAS.

Mais enfin Que veut dire cela, monsieur?

DON GURITAN.

Cela veut dire, Comte, qu'il sort de l'eau du puits quand on en tire, Que le soleil se lève à quatre heures demain ; Qu'il est un lieu désert, et loin de tout chemin, Commode aux gens de cœur, derrière la chapelle ; Qu'on vous nomme, je crois, César, et qu'on m'appelle Don Gaspard Guritan Tassis y Guevarra, Comte d'Onate.

RUY BLAS , froidement.

Bien, monsieur, on y sera.

Depuis quelques instants, Casilda, curieuse, est entrée à pas de loup par la petite porte du fond et a écouté les dernières paroles des deux interlocuteurs sans être vue d'eux.

CASILDA, à part.

Un duel! avertissons la reine.

Elle rentre et disparait par la petite porte. DON GURITAN, toujours imperturbable.

En vos études, S'il vous plaît de connaître un peu mes habitudes. Pour votre instruction, monsieur, je vous dirai Que je n'ai jamais eu qu'un goût fort modéré Pour ces godelureaux, grands friseurs de moustache, Beaux damerets sur qui l'œil des femmes s'attache, Qui sont tantôt plaintifs et tantôt radieux, Et qui, dans les maisons, faisant force clins d'yeux, Prenant sur les fauteuils d'adorables tournures. Viennent s'évanouir pour des égratignures.

Mais— je ne comprends pas.

13'i RUV BLAS.

DON GL'RITAN.

Vous comprenez fort bien.

Nous sommes tous les deux épris du même bien. L'un de nous est de trop dans ce palais. En somme, Vous êtes écuyer, moi je suis majordome. Droits pareils. Au surplus, je suis m.al partagé, La partie entre nous n'est pas égale : j'ai Le droit du plus ancien, vous le droit du plus jeune. Donc vous me faites peur. A la table où je jeune Voir un jeune affamé s'asseoir avec des dents Effrayantes, un air vainqueur, des yeux ardents, Cela me trouble fort. Quant à lutter ensemble Sur le terrain d'amour, beau champ qui toujours tremble, De fadaises, mon cher, je sais mal faire assaut; J'ai la goutte, et d'ailleurs ne suis point assez sot Pour disputer le cœur d'aucune Pénélope Contre un jeune gaillard si prompt à la syncope. C'est pourquoi, vous trouvant fort beau, fort caressant , Fort gracieux, fort tendre et fort intéressant, 11 faut que je vous tue.

Eh bien, essayez.

DON GURITAN.

Comte De Garofa, demain, à l'heure où le jour monte, A l'endroit indiqué, sans témoin ni valet, Nous nous égorgerons galamment, s'il vous plaît. Avec épée et dague, en dignes gentilshommes, Comme il sied quand on est des maisons dont nous sommes.

// tend la main à Ruy Blas qui la lui prend.

Pas un mot de ceci, n'est-ce pas?

Le comte fait un signe d'adhésion.

A demain.

Huy Blas sort.

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