‹ Théâtre de Victor Hugo. 3e sérieChapitre 99 sur 208 · ACTE III, SCÈNE V. 1f».l · texte numérisé non relu

ACTE III, SCÈNE V. 1f».l

Et d'horreur! un crispin! un fourbe à double face! Un effronté coquin qu'on bâtonne et qu'on chasse ! Jamais! — Je deviens fou, ma raison se confond !

Une pause. Il rêve.

0 mon Dieu! voilà donc les choses qui se font! Bâtir une machine effroyable dans l'ombre , L'armer hideusement de rouages sans nombre, Puis, sous la meule, afin de voir comment elle est, Jeter une livrée, une chose, un valet; Puis la faire mouvoir, et soudain sous la roue Voir sortir des lambeaux teints de sang et de boue, Une tête brisée, un cœur tiède et fumant, Et ne pas frissonner alors qu'en ce moment Ou reconnaît, malgré le mot dont on le nomme, Que ce laquais était l'enveloppe d'un homme!

Se tournant vers don Salluste.

Mais il est temps encore! oh! monseigneur, vraiment! L'horrible roue encor n'est pas en mouvement!

// se jette à ses pieds.

Ayez pitié de moi ! grâce ! ayez pitié d'elle ! Vous savez que je suis un serviteur fidèle! Vous l'avez dit souvent! voyez! je me soumets! Grâce!

DON SALLUSTE

Cet homme-là ne comprendra jamais.

C'est impatientant.

RU Y BLAs, se tramant à ses pieds.

Grâce !

DON SALLUSTE

Abrégeons, mon maître.

// se tourne vers la fenêtre.

Gageons que vous avez mal fermé la fenêtre, 11 vient un froid par là!

// va à la croisée et la ferme.

RUY BLAS, se relevant.

Oh 1 c'est trop ! à présent !

Je suis duc dOlmedo, ministre tout-puissant! Je relève le front sous le pied qui m'écrase.

DON SALLUSTE

Comment dit-il cela? Répétez donc la phrase.

Ruy Blas, duc d'Olmedo? Vos yeux ont un bandeau.

Ce n'est que sur Bazan qu'on a mis Olmedo.

RLY BLAS.

Je vous fais arrêter.

DO.V SALLUSTE

Je dirai qui vous êtes.

RUY BLAS, exaspéré.

Mais...

DON SALLUSTE

Vous m'accuserez? J'ai risqué nos deux têtes. C'est prévu. Vous prenez trop tôt l'air triomphant.

.Te nierai tout !

Allons! vous êtes un enfant.

Vous n'avez pas de preuve !

DON SALLUSTE

Et vous pas de mémoire.

Je fais ce que je dis, et vous pouvez m'en croire. Vous n'êtes que le gant, et moi je suis la main.

Bas et se rapprochant de Riuj Blas.

Si tu n'obéis pas, si lu n'es pas demain Chez toi pour préparer ce qu'il faut que je fasse; Si tu dis un seul mot de tout ce qui se passe; Si tes yeux, si ton geste en laissent rien percer. Celle pour qui tu crains, d'abord, pour commencer,

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