‹ Théâtre de VoltaireChapitre 161 sur 339 · ACTE V, SCÈNE V · texte numérisé non relu

ACTE V, SCÈNE V

Les cris de la pitié, du sang, et des remords, Seront contre un tyran d'inutiles efforts. Egisthe furieux, et brûlant de vengeance, Consomme ses forfaits pour sa propre défense ; Il condamne, il est maître; il frappe, il faut périr.

ELECTRE

Et j'ai pu le prier avant que de mourir!

Je descends dans la tombe avec cette infamie,

Avec le désespoir de m'être démentie!

J'ai supplié ce monstre, et j'ai hâté ses coups.

Tout ce qui dut servir s'est tourné contre nous.

Que font tous ces amis dont se vantait Pammène;

Ces peuples dont Egisthe a soulevé la haine;

Ces dieux qui de mon frère armaient le bras vengeur,

Et qui lui défendaient de consoler sa sœur ;

Ces filles de la nuit, dont les mains infernales

Secouaient leurs flambeaux sous ces voûtes fatales ?

Quoi ! la nature entière, en ce jour de terreur,

Paraissait à ma voix s'armer en ma faveur;

Et tout est pour Egisthe, et mon frère est sans vie ;

Et les dieux, les mortels, et l'enfer, m'ont trahie !

Page 1