‹ Théâtre de VoltaireChapitre 203 sur 339 · ACTE III, SCÈNE II · texte numérisé non relu

ACTE III, SCÈNE II

CATILINA, à Céthégus.

Il pourra nous servir.

(à Aurélie.)

Il faut tout vous apprendre, il faut tout ëclaircir 3l. Je vais armer le monde, et c'est pour ma défense. Vous , dans ce jour de sang marqué pour ma puissance, Voulez-vous préférer un père à votre époux ? Pour la dernière fois dois-je compter sur vous?

AURÉLIE

Tu m'avais ordonné le silence et la fuite; Tu voulais à mes pleurs dérober ta conduite ; Eh bien! que prétends-tu?

CATILINA

Partez au même instant; Envoyez au consul ce billet important.

J'ai mes raisons , je veux qu'il apprenne à connaître Que César est à craindre, et plus que moi peut-être. Je n'y suis point nommé; César est accusé; C'est ce que j'attendais, tout le reste est aisé. Que mon fils au berceau, mon fils né pour la guerre, Soit porté dans vos bras aux vainqueurs de la terre. Ne rentrez avec lui dans ces murs abhorrés Que quand j'en serai maître, et quand vous régnerez. Notre hymen est secret : je veux qu'on le publie 3a Au milieu de l'armée, aux yeux de l'Italie; Je veux que votre père, humble dans son courroux, Soit le premier sujet qui tombe à vos genoux. Partez, daignez me croire, et laissez- vous conduire ; Laissez-moi mes dangers, ils doivent me suffire, Et ce n'est pas à vous de partager mes soins : Vainqueur et couronné, cette nuii je vous joins.

Théâtre. V. 22

AURÉLIE

Tu vas ce jour dans Rome ordonner le carnage?

CAT] LINA

Oui, de nos ennemis j'y vais punir la rage. Tout est prêt; on m'attend 33.

AURÉLIE

Commence donc par moi , Commence par ce meurtre, il est digne de toi: Barbare, j'aime mieux, avant que tout périsse, Expirer par tes mains, que vivre ta complice.

CATILIN A.

Qu'au nom de nos liens votre esprit raffermi...

Ne désespérez point un époux, un ami.

Tout vous est confié; la carrière est ouverte, Et reculer d'un pas, c'est courir à sa perte.

AURÉLIE

Ma perte fut certaine au moment où mon cœur Reçut de vos conseils le poison séducteur; Quand j'acceptai sa main , quand je fus abusée, Attacliée à son sort, victime méprisée.

Vous pensez que mes yeux timides, consternés, Respecteront toujours vos complots forcenés. Malgré moi sur vos pas vous m'avez su conduire. J'aimais; il fut aisé, cruels, de me séduire! Et c'est un crime affreux dont on doit vous punir, Qu'à tant d'atrocité l'amour ait pu servir. Dans mon aveuglement, que ma raison déplore, Ce reste de raison m'éclaire au moins encore. Il fait rougir mon front de l'abus détesté Que vous avez tous fait de ma crédulité.

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