‹ Théâtre de VoltaireChapitre 222 sur 339 · ACTE IV, SCÈNE VI · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCÈNE VI

Où ta rage a trompé mon innocent amour!

Ce jour où, malgré moi, secondant ta furie,

Fidèle à mes serments, perfide à ma patrie,

Conduisant Nonnius à cet affreux trépas,

Et, pour mieux l'égorger, le pressant dans mes bras44,

J'ai présenté sa tête à ta main sanguinaire !

(Tandis qu'Aurélie parle au bout du théâtre, Cicéron est assis, plongé dans la douleur.)

Murs sacrés, dieux vengeurs, sénat, mânes d'un père, Romains, voilà l'époux dont j'ai suivi la loi, Voilà votre ennemi !... Perfide, imite-moi.

(Elle se frappe.) C ATILIN A.

Où suis-je? malheureux !

c A TON.

O jour épouvantable !

CICÉRON, se levant.

Jour trop digne en effet d'un siècle si coupable !

AURÉL1E.

Je devais... un billet remis entre vos mains... Consul... de tous cotés je vois vos assassins... Je me meurs...

(On emmène Aurélie.) CICÉRON.

S'il se peut, qu'on la secoure, Aufide; Qu'on cherche cet écrit. En est-ce assez , perfide ? Sénateurs, vous tremblez , vous ne vous joignez pas Pour venger tant de sang, et tant d'assassinats? Il vous impose encor? Vous laissez impunie La mort de Nonnius, et celle d'Aurélie?

CATILINA

Va, toi-même as tout fait; c'est ton inimitié

36o ROME SAUVÉE.

Qui me rend dans ma rage un objet de pitié :

Toi, dont l'ambition, de la mienne rivale,

Dont la fortune heureuse, à mes destins fatale,

M'entraîna dans l'abîme où tu me vois plongé.

Tu causas mes fureurs, mes fureurs t'ont vengé.

J'ai haï ton génie, et Rome qui l'adore;

J'ai voulu ta ruine , et je la veux encore.

Je vengerai sur toi tout ce que j'ai perdu :

Ton sang paiera ce sang à tes yeux répandu :

Meurs en craignant la mort, meurs de la mort d'un traître,

D'un esclave échappé que fait punir son maître.

Que tes membres sanglants, dans ta tribune épars,

Des inconstants Romains repaissent les regards.

Voilà ce qu'en partant ma douleur et ma rage

Dans ces lieux abhorrés te laissent pour présage:

C'est le sort qui t'attend , et qui va s'accomplir;

C'est l'espoir qui me reste, et je cours le remplir.

Qu'on saisisse ce traître.

CET HÉ G US

En as-tu la puissance ?

su R A.

Oses-tu prononcer quand le sénat balance?

c AT1LINA.

La guerre est déclarée; amis, suivez mes pas. C'en est fait; le signal vous appelle aux combats. Yous, sénat incertain, qui venez de m'entendre, Choisissez à loisir le parti qu'il faut prendre.

(Il sort avec quelques sénateurs de son parti.) C1CÉRON.

Eh bien ! choisissez donc, vainqueurs de l'univers,

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