‹ Théâtre de VoltaireChapitre 230 sur 339 · ACTE V, SCÈNE III. $C)C · texte numérisé non relu

ACTE V, SCÈNE III. $C)C

Je vais mourir, seigneur, ou vous justifier.

(Il sort.) CATON.

De son ambition vous allumez les flammes.

CICÉRON

Va, c'est ainsi qu'on traite avec les grandes âmes.

Je l'enchaîne à l'état en me fiant à lui ;

Ma générosité le rendra notre appui.

Apprends à distinguer l'ambitieux du traître.

S'il n'est pas vertueux, ma voix le force à l'être.

Un courage indompté, dans le cœur des mortels ,

Fait ou les grands héros ou les grands criminels.

Qui du crime à la terre a donné les exemples ,

S'il eût aimé la gloire, eût mérité des temples.

Catilina lui-même, à tant d'horreurs instruit,

Eût été Scipion, si je l'avais conduit.

Je réponds de César, il est l'appui de Rome.

J'y vois plus d'un Sylla, mais j'y vois un grand homme.

(se tournant vers le chef des licteurs, qui entre en armes.)

Eh bien ! les conjurés?

LE CHEF DES LICTEURS

Seigneur, ils sont punis; Mais leur sang a produit de nouveaux ennemis. C'est le feu de l'Etna qui couvait sous la cendre ; Un tremblement de plus va partout le répandre; Et si de Pétréius le succès est douteux, Ces murs sont embrasés, vous tombez avec eux. Un nouvel Annibal nous assiège et nous presse; D'autant plus redoutable en sa cruelle adresse , Que, jusqu'au sein de Rome, et parmi ses enfants, En creusant vos tombeaux , il a des partisans.

Théâtre. V. 24

On parle en sa faveur dans Rome qu'il ruine; Il l'attaque au-dehors, au-dedans il domine; Tout son génie y règne, et cent coupables voix S'élèvent contre vous, et condamnent vos lois. Les plaintes des ingrats et les clameurs des traîtres Réclament contre vous les droits de nos ancêtres , Redemandent le sang répandu par vos mains : On parle de punir le vengeur des Romains.

clodiu s.

Vos égaux après tout , que vous deviez entendre , Par vous seul condamnés, n'ayant pu se défendre, Semblent autoriser...

CICÉRON

Clodius, arrêtez; Renfermez votre envie et vos témérités ; Ma puissance absolue est de peu de durée; Mais tant qu'elle subsiste, elle sera sacrée. Vous aurez tout le temps de me persécuter; Mais quand le péril dure il faut me respecter. Je connais l'inconstance aux humains ordinaire ; J'attends sans m'ébranler les retours du vulgaire. Scipion accusé sur des prétextes vains, Remercia les dieux, et quitta les Romains. Je puis en quelque chose imiter ce grand homme : Je rendrai grâce au ciel, et resterai dans Rome. A l'état malgré vous j'ai consacré mes jours; Et, toujours envié, je servirai toujours.

CATON

Permettez que dans Rome encor je me présente ,

Que j'aille intimider une foule insolente ,

Que je vole au rempart, que du moins mon aspect

Page 1