‹ Théâtre de VoltaireChapitre 243 sur 339 · ACTE J, SCÈNE I. l\V · texte numérisé non relu

ACTE J, SCÈNE I. l\V

Vint jadis à tes yeux, dans cette auguste ville,

Aux portes du palais demander un asile.

Son nom est Témugin ; c'est t'en apprendre assez.

Quoi ! c'est lui dont les vœux vous furent adressés ! Quoi ! c'est ce fugitif, dont l'amour et l'hommage A vos parents surpris parurent un outrage! Lui qui traîne après soi tant de rois ses suivants, Dont le nom seul impose au reste des vivants !

1 D VMÉ.

C'est lui-même, Asséli : son superbe courage,

Sa future grandeur, brillaient sur son visage;

Tout semblait, je l'avoue, esclave auprès de lui;

Et lorsque de la cour il mendiait l'appui,

Inconnu, fugitif, il ne parlait qu'en maître.

Il m'aimait; et mon cœur s'en applaudit peut-être1 :

Peut-être qu'en secret je tirais vanité

D'adoucir ce lion dans mes fers arrêté ,

De plier à nos mœurs cette grandeur sauvage,

D'instruire à nos vertus son féroce courage,

Et de le rendre enfin, grâces à ces liens,

Digne un jour d'être admis parmi nos citoyens.

Il eût servi l'état, qu'il détruit par la guerre :

Un refus a produit les malheurs de la terre.

De nos peuples jaloux tu connais la fierté.

De nos arts, de nos lois l'auguste antiquité,

Une religion de tout temps épurée,

De cent siècles de gloire une suite avérée;

Tout nous interdisait, dans nos préventions,

Une indigne alliance avec les nations.

Enfin un autre hymen , un plus saint nœud m'engage;

l\ii l'ouphelin de la chine.

Le vertueux Zamti mérita mon suffrage.

Qui l'eût cru, dans ces temps de paix et de bonheur,

Qu'un Scythe méprisé serait notre vainqueur?

Voilà ce qui m'aîarme, et qui me désespère.

J'ai refusé sa main ; je suis épouse et mère :

Il ne pardonne pas : il se vit outrager ;

Et l'univers sait trop s'il aime à se venger.

Etrange destinée, et revers incroyable!

Est-il possible, 6 dieu ! que ce peuple innombrable

Sous le glaive du Scythe expire sans combats,

Comme de vils troupeaux que l'on mène au trépas?

ASSÉLI.

Les Coréens, dit-on, rassemblaient une armée; Mais nous ne savons rien que par la renommée, Et tout nous abandonne aux mains des destructeurs.

Que cette incertitude augmente mes douleurs î J'ignore à quel excès parviennent nos misères, Si l'empereur encore au palais de ses pères A trouvé quelque asile, ou quelque défenseur, Si la reine est tombée aux mains de l'oppresseur, Si l'un et l'autre touche à son heure fatale. Hélas ! ce dernier fruit de leur foi conjugale , .Ce malheureux enfant, à nos soins confié, Excite encor ma crainte , ainsi que ma pitié. Mon époux au palais porte un pied téméraire; Une ombre de respect pour son saint ministère Peut-être adoucira ces vainqueurs forcenés. On dit que ces brigands aux meurtres acharnés, Qui remplissent de sang la terre intimidée, Ont d'un dieu cependant conservé quelque idée;

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