‹ Théâtre de VoltaireChapitre 257 sur 339 · ACTE II, SCÈNE III · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE III

Allez, il n'aura pas de peine à raccorder. Dans le sang d'un époux trempez vos mains perfides; Allez : ce jour n'est fait que pour des parricides. Rendez vains mes serments, sacrifiez nos lois ^, Immolez votre époux, et le sang de vos rois.

IDAMÉ

De mes rois ! Va, te dis-je; ils n'ont rien à prétendre;

Je ne dois point mon sang en tribut à leur cendre :

Va, le nom de sujet n'est pas plus saint pour nous

Que ces noms si sacrés et de père et d'époux.

La nature et l'hymen , voilà les lois premières,

Les devoirs, les liens, des nations entières;

Ces lois viennent des dieux ; le reste est des humains l6.

Ne me fais point haïr le sang des souverains:

Oui, sauvons l'orphelin d'un vainqueur homicide;

Mais ne le sauvons pas au prix d'un parricide ;

Que les jours de mon fils n'achètent point ses jours:

Loin de l'abandonner, je vole à son secours;

Je prends pitié de lui; prends pitié de toi-même,

De ton fils innocent, de sa mère qui t'aime.

Je ne menace plus , je tombe à tes genoux.

O père infortuné ! cher et cruel époux !

Pour qui j'ai méprisé, tu t'en souviens peut-être,

Ce mortel qu'aujourd'hui le sort a fait ton maître;

Accorde-moi mon fils, accorde-moi ce sang

Que le plus pur amour a formé dans mon flanc,

Et ne résiste point au cri terrible et tendre

Qu'à tes sens désolés l'amour a fait entendre1?.

ZAMTI.

Ah ! c'est trop abuser du charme et du pouvoir Dont la nature et vous combattez mon devoir.

43o LORPHELIJX DE LA. CHIIVE.

Trop faible épouse, hélas ! si vous pouviez connaître..

Je suis faible, oui, pardonne; une mère doit l'être.

Je n'aurai point de toi ce reproche à souffrir,

Quand il faudra te suivre, et qu'il faudra mourir.

Cher époux, si tu peux au vainqueur sanguinaire,

A la place du fils, sacrifier la mère,

Je suis prête : Idamé ne se plaindra de rien ;

Et mon cœur est encore aussi grand que le tien.

ZAMTI.

Oui, j'en crois ta vertu.

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