ACTE II, SCÈNE III
Allez, il n'aura pas de peine à raccorder. Dans le sang d'un époux trempez vos mains perfides; Allez : ce jour n'est fait que pour des parricides. Rendez vains mes serments, sacrifiez nos lois ^, Immolez votre époux, et le sang de vos rois.
IDAMÉ
De mes rois ! Va, te dis-je; ils n'ont rien à prétendre;
Je ne dois point mon sang en tribut à leur cendre :
Va, le nom de sujet n'est pas plus saint pour nous
Que ces noms si sacrés et de père et d'époux.
La nature et l'hymen , voilà les lois premières,
Les devoirs, les liens, des nations entières;
Ces lois viennent des dieux ; le reste est des humains l6.
Ne me fais point haïr le sang des souverains:
Oui, sauvons l'orphelin d'un vainqueur homicide;
Mais ne le sauvons pas au prix d'un parricide ;
Que les jours de mon fils n'achètent point ses jours:
Loin de l'abandonner, je vole à son secours;
Je prends pitié de lui; prends pitié de toi-même,
De ton fils innocent, de sa mère qui t'aime.
Je ne menace plus , je tombe à tes genoux.
O père infortuné ! cher et cruel époux !
Pour qui j'ai méprisé, tu t'en souviens peut-être,
Ce mortel qu'aujourd'hui le sort a fait ton maître;
Accorde-moi mon fils, accorde-moi ce sang
Que le plus pur amour a formé dans mon flanc,
Et ne résiste point au cri terrible et tendre
Qu'à tes sens désolés l'amour a fait entendre1?.
ZAMTI.
Ah ! c'est trop abuser du charme et du pouvoir Dont la nature et vous combattez mon devoir.
43o LORPHELIJX DE LA. CHIIVE.
Trop faible épouse, hélas ! si vous pouviez connaître..
Je suis faible, oui, pardonne; une mère doit l'être.
Je n'aurai point de toi ce reproche à souffrir,
Quand il faudra te suivre, et qu'il faudra mourir.
Cher époux, si tu peux au vainqueur sanguinaire,
A la place du fils, sacrifier la mère,
Je suis prête : Idamé ne se plaindra de rien ;
Et mon cœur est encore aussi grand que le tien.
ZAMTI.
Oui, j'en crois ta vertu.