‹ Théâtre de VoltaireChapitre 288 sur 339 · SCENE V · texte numérisé non relu

SCENE V

ZAMTI, IDAMÉ.

IDAMÉ

O toi, qui me tiens lieu de ce ciel que j'implore, Mortel plus respectable et plus grand à mes yeux Que tous ces conquérants dont l'homme a fait des dieux! L'horreur de nos destins ne t'est que trop connue; La mesure est comblée, et notre heure est venue.

ZAMTI.

Je le sais.

47 2 l'orphelin de la chine.

C'est en vain que tu voulus deux fois Sauver le rejeton de nos malheureux rois.

z AMTl.

Il n'y faut plus penser, l'espérance est perdue; De tes devoirs sacrés tu remplis l'étendue : Je mourrai consolé.

Que deviendra mon fils ?

Pardonne encor ce mot à mes sens attendris, Pardonne à ces soupirs; ne vois que mon courage.

z AMTI.

Nos rois sont au tombeau, tout est dans l'esclavage. Va, crois-moi, ne plaignons que les infortunés Qu'à respirer encor le ciel a condamnés.

IDAMÉ

La mort la plus honteuse est ce qu'on te prépare.

Sans doute ; et j'attendais les ordres du barbare : lis ont tardé long-temps.

IDAMÉ

Eh bien ! écoute-moi :

Ne saurons-nous mourir que par l'ordre d'un roi? Les taureaux aux autels tombent en sacrifice; Les criminels tremblants sont traînés au supplice; Les mortels généreux disposent de leur sort : Pourquoi des mains d'un maître attendre ici la mort? L'homme était-il donc né pour tant de dépendance? De nos voisins altiers imitons la constance; De la nature humaine ils soutiennent les droits, Vivent libres chez eux, et meurent à leur choix;

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