ANITUS, SOCRATE
Vertueux Socrate, le cœur me saigne de vous voir en cet état.
520 SOCRATE
SOCRATE
Vous avez donc un cœur?
ANITUS
Oui, et je suis prêt à tout faire pour vous.
SOCRATE
Vraiment, je suis persuadé que vous avez déjà beaucoup fait.
ANITUS
Ecoutez ; votre situation est plus dangereuse que vous ne pensez : il y va de votre vie.
SOCRATE
Il s'agit donc de peu de chose.
ANITUS
C'est peu pour votre ame intrépide et sublime; c'est tout aux yeux de ceux qui chérissent comme moi votre vertu. Croyez-moi; de quelque philosophie que votre ame soit armée, il est dur de périr par le dernier supplice. Ce n'est pas tout ; votre réputation , qui doit vous être chère , sera flétrie dans tous les siècles. Non seulement tous les dévots et toutes les dévotes riront de votre mort, vous insulteront, allumeront le bûcher si on vous brûle , serreront la corde si on vous étrangle , broieront la ciguë si on vous empoisonne ; mais ils rendront votre mémoire exécrable à tout l'avenir. Vous pouvez aisément détourner de vous une fin si funeste : je vous réponds de vous sauver la vie , et même de vous faire déclarer par les juges le plus sage des hommes , ainsi que vous l'avez été par l'oracle d'Apollon ; il ne s'agit que de me céder votre jeune pupille Aglaé , avec la dot que vous lui donnez, s'entend; nous ferons aisément casser son ma-