‹ Théâtre de VoltaireChapitre 324 sur 339 · ANITUS, SOCRATE · texte numérisé non relu

ANITUS, SOCRATE

Vertueux Socrate, le cœur me saigne de vous voir en cet état.

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SOCRATE

Vous avez donc un cœur?

ANITUS

Oui, et je suis prêt à tout faire pour vous.

SOCRATE

Vraiment, je suis persuadé que vous avez déjà beaucoup fait.

ANITUS

Ecoutez ; votre situation est plus dangereuse que vous ne pensez : il y va de votre vie.

SOCRATE

Il s'agit donc de peu de chose.

ANITUS

C'est peu pour votre ame intrépide et sublime; c'est tout aux yeux de ceux qui chérissent comme moi votre vertu. Croyez-moi; de quelque philosophie que votre ame soit armée, il est dur de périr par le dernier supplice. Ce n'est pas tout ; votre réputation , qui doit vous être chère , sera flétrie dans tous les siècles. Non seulement tous les dévots et toutes les dévotes riront de votre mort, vous insulteront, allumeront le bûcher si on vous brûle , serreront la corde si on vous étrangle , broieront la ciguë si on vous empoisonne ; mais ils rendront votre mémoire exécrable à tout l'avenir. Vous pouvez aisément détourner de vous une fin si funeste : je vous réponds de vous sauver la vie , et même de vous faire déclarer par les juges le plus sage des hommes , ainsi que vous l'avez été par l'oracle d'Apollon ; il ne s'agit que de me céder votre jeune pupille Aglaé , avec la dot que vous lui donnez, s'entend; nous ferons aisément casser son ma-

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