ACTE I, SCENE II. T
BLAISE
LE COMTE
Eh bien ?
BLAISE
C'est la belle Nanine.
Nanine ?
LA BARONNE
Ah ! bon ! je ne m'oppose point A de pareils amours.
LE COMTE, à part.
Ciel ! à quel point On m'avilit! Non, je ne le puis être.
BLAISE
Ce parti-là doit bien plaire à mon maître.
LE COMTE
Tu dis qu'on t'aime, impudent!
BLAISE
Ah ! pardon.
LE COMTE
T'a-t-elle dit qu'elle t'aimât ?
BLAISE
Mais... non , Pas tout-à-fait ; elle m'a fait entendre Tant seulement qu'elle a pour nous du tendre ; D'un ton si bon, si doux, si familier, Elle m'a dit cent fois : « Cher jardinier, « Cher ami Biaise , aide-moi donc à faire « Un beau bouquet de fleurs , qui puisse plaire « A monseigneur, à ce maître charmant; »
Et puis d'un air si touché , si touchant , Elle fesait ce bouquet : et sa vue Était troublée ; elle était toute émue , Toute rêveuse, avec un certain air, Un air, là, qui... peste ! l'on y voit clair.
LE COMTE
Biaise, va-t'en... Quoi ! j'aurais su lui plaire
ELAISE.
Cà , n'allez pas traînasser notre affaire.
LE COMTE
Hem !...
BL AISE
Vous verrez comme ce terrain-là Entre mes mains bientôt profitera.
Répondez donc; pourquoi ne me rien dire?
LE COMTE
Ah ! mon coeur est trop plein. Je me retire... Adieu, madame.