‹ Théâtre de VoltaireChapitre 98 sur 339 · MADAME LA DUCHESSE DU MAINE · texte numérisé non relu

MADAME LA DUCHESSE DU MAINE

Madame,

Vous avez vu passer ce siècle admirable, à la gloire duquel vous avez tant contribué par votre goût et par vos exemples; ce siècle qui sert de modèle au nôtre en tant de choses , et peut-être de reproche, comme il en servira à tous les âges. C'est dans ces temps illustres que les Coudé , vos aïeux i, couverts de tant de lauriers , cultivaient et encourageaient les arts ; où un Bossuet immortalisait les héros, et instruisait les rois; où un Fénélon , le second des hommes dans l'éloquence 2, et le premier dans l'art de rendre la vertu aimable, enseignait avec tant de charmes la justice et l'humanité; où les Racine, les Despréaux, présidaient aux belles-lettres, Lulli à la musique, Le Brun à la peinture. Tous ces arts, madame , furent accueillis surtout dans votre palais. Je me souviendrai toujours que, presque au sortir de l'enfance, j'eus le bonheur d'y entendre quelquefois un homme dans qui l'érudition la plus profonde n'avait point éteint le génie, et qui cultiva l'esprit de monseigneur le duc de Bourgogne, ainsi que le vôtre et celui de M. le duc du Maine ; travaux heureux dans lesquels il fut si puissamment secondé par la nature. Il prenait quelquefois devant votre altesse sérénissime un Sophocle, un Euripide; il traduisait sur-le champ en français une de leurs tragédies. L'admiration , l'enthousiasme dont il était saisi lui inspirait des expressions qui répondaient à la mâle et harmonieuse énergie des vers grecs , autant qu'il

1 La duchesse du Maine était fille.de Henri-Jules de Condé, nommé communément monsieur le Prince : voyez tome XIX , page 8. B.

7 Le premier était Bossuet : voyez ma note, tome XXIX . page 2i5. ¥>.

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