‹ Théâtre des boulevards. Réimprimé pour la premìere fois et précédé d'une notice (volume 2)Chapitre 16 sur 137 · SCENE IV · texte numérisé non relu

SCENE IV

CASSANDRE, ISABELLE

CASSANDRE

ON jourmapouponne; qu'avez-vous donc?

Vous me paroissez toute triste.

ISABELLE

Je n'ai rien.

CASSANDRE

Vous me pardonnerez, mignonne, la mélancolie VOUS afflige; avez-vous quelque chose de caché pour votre petit mari?

ISABELLE

Je crains que vous n'ayez pas assez d'amitié pour moi.

CASSANDRE

Mon Dieu je n'ai de bonheur bien heureux que depuis nos épousailles.

ISABELLE

Vous sçavez si l'on peut z'être plus contente que moi, depuis que l'hymenée nous réunit.

Des Cocus. 47

CASSANDRB.

Gela z'est vrai, ma charmante, mais pourquoi donc me paroissez-vous t'en inquiétude ?

ISABELLE

C'est qu'il y a des mâtins dans le monde qui voulont nous brouiller.

CASSANDRE

Qui sont-ils ces chiens-là, ces Infidèles, ces Turcs ?

ISABELLE

Oh ! je ne veux pas vous les nommer.

CASSANDRE

Nommez, nommez toujours, mon adorable.

ISABELLE

Non ferai, car je ne veux pas vous fâcher.

CASSANDRE

Hé bien je ne me fâcherai pas.

ISABELLE

Vous leur direz peut-être, et puis je vous aurois brouillé avec vos parens, et puis l'on se gourme, l'on se chamaille, et l'on s'en prend à sa femme que l'on traite de causeuse.

CASSANDRE

Hé bien, foi de Cassandre, je ne ferai rien de tout ca.

48 La Confiance

ISABELLE

Hé bien, car je ne puis rien avoir de secret pour mon cher z'époux, hé bien donc, Monsieur Picotin et Monsieur Cassecroute sont fâchés que je le porte plus beau que leurs femmes, car vous voyez toujours comme je suis mise; ils ont dit à par t'eux, comment ferons-nous pour lui faire tort.'' Il faut la brouiller avec son mari, ont-ils dit tous deux.

CASSANDRE

Hé bien.^

ISABELLE

Hé bien se font-ils, il faut dire à Monsieur Cassandre que sa femme l'a rendu sot; voyez, mon cher mari, si je n'ai pas raison d'avoir le visage triste.

CASSANDRE

Ah les méchans ! attaquer ainsi l'honneur d'une femme si pleine de modestie et d'honnêteté.

ISABELLE

Hélas vous sçavez comme je me comporte; il est bien dur de se refuser tout comme je le fais, et d'être traitée de vergogne.

CASSANDRE

Hé, la, la, consolez-vous, mon incomparable, je vous connois si bien.

Des Cocus. 49

ISABELLE

Non, je n'en puis rien faire, ce n'est pas encore tout, ils ne s'en sont pas tenus là.

CASSANDRE

Quoi donc ! Qu'ont-ils fait ?

ISABELLE

Ils avons dit que ce n'est pas tout que de dire comme ça; il faut nommer queuxquesuns.

CASSANDRE

Hé bien qu'ont-ils nommé ?

ISABELLE

Il faut chercher, se font-ils entr'eux, ceux qui habitent le plus chez elle; le Chanoine par exemple.

CASSANDRE

Ah, ah, le Chanoine! Ils sont ma foi bien avisés.

ISABELLE

Vous sçavez s'il sçait troubler l'eau qu'il boit ; de plus sans vous je ne le connoîtrois pas, c'est vous qui l'avez mené à la maison.

CASSANDRE

Cela est tout vrai, mais puisqu'ils le prennent par-là, si je ne Tavois pas amené, j'irois le chercher tout-à-l'heure, et j'y vas.

La Confiance

ISABELLE

Non, il n'est pas nécessaire, mon cher époux, et je ne veux plus le voir.

CAS SANDRE.

Parbleu vous le verrez, c'est la joie de notre maison, il est tout-à-fait jovial.

ISABELLE

Il faut bien qu'une honnête femme obéisse à son mari.

GASSANDRE.

Sans doute, pardi, voilà de drôles de gens ; et qu'ont-ils dit encore?

ISABELLE

Il en faut encore un, avons-t-ils continué, afin de les brouiller plus fort. Nommons, avont-ils dit. Monsieur Liandre.

CASSANDRE

Ah ! celui-là n'est pas mauvais, le meilleur de tous mes amis. Mais sçais-tu bien, ma mignonne, que si je ne te voyois pas triste, je rirois comme un fou, car ça est trop plaisant. Monsieur Liandre. Hé bien ?

ISABELLE

Voilà ce qu'ils ont arrêté de vous dire, et qu'ils vous ont peut-être déjà dit.

Non fait, ma foi. Mais qu'ils y viennent,

Des Cocus.

ils verront beau jeu. Va, si ce n'est que ça qui t'afflige

ISABELLE

Mais qu'est-ce qu'une femme a de plus cher que son cher honneur? Sçavez-vous bien que j'aimerois mieux l'avoir fait, et qu'on ne le dît point?

CASSANDRE

Allez, ma mignonne, consolez-vous. Je suis le plus avantagé mari par la fortune qui m'a donné une femme si sage. Donne-moi, Isabelle, un petit baiser d'amour.

ISABELLE

Tenez. Mais je les vois venir ces médians dont je vous parle. Je rentre, car leurs regards me suffoquent.

CASSANDRE

Vous faites bien, ma mignonne, je vais bientôt vous retrouver.

52 La Confiance

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