‹ Théâtre des boulevards. Réimprimé pour la premìere fois et précédé d'une notice (volume 2)Chapitre 33 sur 137 · LEANDRE, COLOMBINE · texte numérisé non relu

LEANDRE, COLOMBINE

LEANDRE

C'est z'elle je ne puis t'en douter, puisque je la reconnoît t*à sa chemise blanche, parlons-lui comme il faut. Parbleu, Made-

Le Doigt mouillé. 95

moiselle, z'il faut que vous soyez t'une grande

COLOMBINE

N'achevez pas, Monsieur, et prenez garde à qui vous parlez.

Comment, Mamselle, que je prenne garde z'à qui je parle, après t'avoir triomphé de moi, croyez-vous que je reste court, pour qu'un doigt z'aye la préférence sur z'un homme de ma sorte.

COLOMBINE

Mais envisagez-moi.

LEANDRE

Mais quand je vous dévisagerois, Mamselle, je verrois sur votre phisionomie toute la noirceur de votre cœur.

COLOMBINE

Vous n'y pensez pas, et je suis forcée

LEANDRE mettant l'épée à la main.

Comment forcée! Quel est le téméraire qui z'ose prendre ces libertés là devant moi ? Z'ah ! certainement z'il ne mourra que de ma main.

96 Le Doigt mouillé.

COLOMBINE

Quelle extravagance! assurément, mon pauvre Leandre, vous êtes fou.

LEANDRE

Je suis fou, tu z'oses me traiter z'ainsi cruelle; z'est-ce là la récompense de l'ouvrage que j'ai fait sur toi.'' Tu me trouvois bien spirituel, lorsque mes vers chantoient tes louanges, z'et ta main devoit z'en être le prix; mais j'ai de quoi me venger de ton inconstance, z'et je vais de ce pas porter mon cœur z'et mes vœux z'à la charmante Golombine, qui est Mamselle votre sœur.

COLOMBINE

Profitons de son erreur, z'arrêtez Leandre, z'et souffrez que je vous dise que je n'ai jamais aimé que vous, et si les sentimens que vous me faites paroître sont sincères dans ce moment, je vous donne ma main.

Z'ah, quel heureux retour ! souffrez que je me jette z'à un genoux, et que j'embrasse mille fois cette main qui fait aujourd'hui par cet avœu tout mon bonheur.

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