‹ Théâtre des boulevards. Réimprimé pour la premìere fois et précédé d'une notice (volume 2)Chapitre 77 sur 137 · DISCOURS SUR CETTE PIÈCE · texte numérisé non relu

DISCOURS SUR CETTE PIÈCE

|vANT que de commencer la lecture de cet Ouvrage, j'ai cru devoir vous dire un mot du genre dans lequel je l'avois écrit. Vous sçavez que sur le Théâtre, on admet trois sortes de Pièces, Tragédies, Comédies, et Parades : j'ai osé inventer une quatrième espèce, qui est la Pièce que je vais avoir l'honneur de vous lire ; et j'ai cherché à éviter les défauts que j'ai trouvés dans les trois Spectacles qui nous ètoient connus jusqu'à présent.

La Tragédie demande une gayeté qui m'est peu naturelle, outre plus la difficulté de corriger les hommes en leur

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peignant leurs propres de'fauts, (et comme dit fort bien Homère dans son Epitre à Néron , Et castigare ridendo mores,) m'a encore arrêté ; en vain Molière, cet illustre tragique, nous montre dans l'Amant Cochemard le ridicule de ces femmes qui veulent faire les sçavantes ; dans le Remède à la Mode, le me'pris qu'on doit avoir pour un homme qui à force de tourmens et de jalousie, croit conserver celle qu'il doit épouser, et qui enfin se voit la dupe des soins qu'il s'étoit donné ; et dans Isabelle grosse par vertu, que quand on a épousé une fille d'un rang trop au-dessus du sien, on court risque d'être cocu sans en pouvoir tirer raison. En vain, cet admirable Auteur, s'est-il acquis une gloire immortelle, je ne marcherai pas sur ces traces.

La Comédie approchoit assez du goût dans lequel je voulois travailler ; la nécessité de prendre un point d'histoire, et de faire toujours triompher le yicq et jamais la vertu, m'animoit ; mais la nécessité de l'unité de lieu, et la régie austère des deux douzaines d'heures où l'on est

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assujetti, m'ont paru gêner l'esprit, et priver les Spectateurs de mille beautés, que sans cela on introduiroit aisément sur la Scène : l'on a beau dire que Corneille et Racine sont assis aux meilleures places dans le Temple de mémoire ; l'un pour avoir fait Georges Dandin, Roi de Thrace , remontant sur son trône que l'usurpateur Scapin lui avoit enlevé par ses fourberies; l'autre pour nous avoir donné le Misantrope, qui après avoir découvert la conjuration que Sganarelle et le Tartuffe avoient formée contre lui, leur pardonne, et par ce trait de clémence gagne tous les cœurs. Je n'envie point leur gloire, et ce ne sera point cette sorte d'Ouvrage qui me conduira à leurs côtés.

La Parade est sans contredit le genre le plus noble des trois, et celui auquel je me serois le plus volontiers attaché ; mais il n'est point de roses sans épines, ni d'Ouvrage sans inconvéniens : on est restraint dans ces sortes de Pièces à une certaine décence qui peut fatiguer les oreilles peu scrupuleuses de la plupart des Auditeurs ; on y montre aussi le vice

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trop à découvert, et quoique ce soit dans le dessein de le faire haïr, et qu'on puisse dire avec vérité qu'il n'est point d'Ouvrage où l'on cherche tant à faire parade de la vertu. Nous ne sommes plus dans l'heureux tems où l'innocence des mœurs faisoit qu'en nous peignant les vices par les vices mêmes , on nous en donnoit une horreur qui nous les faisoit éviter. Tels autrefois les Lacedemoniens , pour faire détester l'yvrognerie à leurs enfans, faisoient enyvrer leurs esclaves, et les leur montroient, pour qu'ils vissent l'état d'abrutissement où l'excès de vin nous réduisoit ; maintenant ce seroit assez inutile, et les tems sont trop changés pour employer utilement de pareils moyens.

Vous ne doutez pas que si un Avocat plaidant contre l'adultère, pour nous en montrer les inconvénients faisoit montrer une femme dans le Bareau, et là en commettoit un devant tout le monde : vous ne doutez pas, dis-je, qu'une pareille action, loin de nous corriger, mettroit vraisemblablement tous les hommes en état de désirer et de pouvoir en faire autant ;

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peut-être même cela pourroit-il jette r dans l'esprit des femmes une ardeur qui leur est toujours facile d'e'teindre, et ce désir réciproque des deux sexes, pourroit insensiblement conduire à une action qui n'est pas trop décente dans le Temple de Thémis. Je ne me suis donc point adonné à cette espèce d'ouvrage; l'on a beau me montrer dans le Temple des Muses, assis aux côtés d'Apollon, Q*" pour avoir fait la Parade de Rodogune, M"*' pour avoir fait celle de Cinna , S**" pour celle de Britannicus, M*** par celle du Fils de son Père, et D***par celle de l'Ecriture Sainte, Mane Thekel Phares ; F*" pour celle d'Heraclius. J'ose encore m'élever plus haut , je désire une place dans votre Troupe; et pour parvenir à la mériter, je me suis efforcé, en évitant les défauts de la Tragédie, de la Comédie et de la Parade, de n'en prendre que le bon, et de le rassembler dans cette Tragepara-comédie, que je vais avoir l'honneur de vous lire

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