SCENE PREMIERE, ISABELLE, ARLEQUIN
ISABELLE
ARLEQUIN z'il est vrai, gna pas t'a tortiller, Je prétends voir Liandre, à gogo lui parler!
ARLEQUIN
Ly parler da! l'aut' jour vous ly parliez, la peste.
284 V Amant
y n'entendois pas les mots, je voyais ben le geste.
(Il fait quelques gestes deshonêtes.)
ISABELLE
Badin va m'el chercher.
ARLEQUIN
Vous l'aurez pal bon bout Monsieur Gilles est mon maître, et si j'vous
sers en tout, Lorsqu'aux enfans trouvés fil fit de vous
emplette, Vous étiez mêt-avis encore à la bavette.
ISABELLE
Je n'avois pas t'onze ans.
Queu drol d'Amant c'est-là !
Il aime, il est jaloux, puis l'en demeure-là; Pour vous magner la main il prendroit des
pincettes; Dame à le voir si sage à Tendroitdes fillettes, Si l'on dit qu'il est fou, on ment.
ISABELLE
Lui fou! jamais.
Mais Liandre, il est vrai
cochemard. 285
ARLEQUIN
Bientôt vous le verrez, Y devroit être ici, t'il sçait que Monsieu
Gilles N'est pas t'a la maison, d'autant qu'il est en
Ville; Seroit-il pas poltron?
ISABELLE
Arlequin, quelle erreur!
Liandre ose m'aimer, va croi qu'il a du cœur.
Sais-tu queul sort heureux m'en fit faire la conquête?
Par hazard il pissoit un jour sous ma fenêtre,
Je ne sçais quoi me dit, ah queu ravissement!
Que Liandre était fait pour moi précisément
Il est vrai qu'il est fait tout comme un' arbalète.
ARLEQUIN apercevant Leandre qui passe la tête hors de la coulisse.
Quand on parle du loup
ISABELLE
J'en vois déjà la tête.
286 L'Amant