‹ Théâtre des boulevardsChapitre 130 sur 156 · TOUS LES ACTEURS · texte numérisé non relu

TOUS LES ACTEURS

LEANDRE

Aïs par bonheur je vois Nicolas qui va sans doute lui appuyer.

NICOLAS

Oui, c*est Nicolas^ bonnes gens, qui vient vous apporter la paix et la concorde.

ISABELLE

Ma foi il A l'air galant, vaut-il quelque chose ma chère mère.

NICOLAS

Je VOUS apporte, mes amis, un petit bout d'Acte, j*ai fait moi même dresser le contrat de mariage de Leandre et d'Isabelle.

MADAME GASSAMDUfi.

Mais pour Dieu, Nicolas, je vous répète que je veux t'avoir Liandre en mariage, cela ne nous empêcherai pas pour cela d'être toujours bons amis.

rivale. 337

Ah Madame y pensez-vous, et qu^osez-vous dire i

ISABEXa.E.

Que diable ma mère, ce que vous dites-Ià ne vous fait aucun honneur au moins, entendez-vous ?

NICOLAS

Malheureuse fille de Babilone, sçavez-vous dessous quels abîmes vous marchez, ne sen-, tez-yous rien en vous-même qui vous fasse répugner à TafFreux, à Thorrible mariage que vous voulez faire.

MADAME CASSANDRE

Au contraire, tout mon penchant m'y fait pencher; eh pourquoi diantre roulez-vous donc tant les yeux, pauvre Nicolas?

NICOLAS

Quoi vous ne frémissez pas, vos cheveux ne sont point t'émus, vos sens ne sont point dressés, votre cœur n'est point glacé dans votre sang; ah misérable, dans Tinstant z'exécrable où tu médites de te plonger dans un affreux inceste.

MADAME CASSANDRE

Aye, aye, aye, mon cher, pardon, je n'entends rien à tout ce que vous me dites, et si j'ai 4>eur.

338 La Mère

ISABELLE

Je croîs que j'ai peur aussi, dites donc, cher 2*Ainant.

LBANDRE.

Il ne faut point mentir, moi je tremble de pure frayeur.

NICOLAS qui se démené toujours.

Tenez, tenez, grande réprouvée, voyez ce que je tiens, voyez, voyez, lisez cet extrait baptistaire de Leandre, je n'ai point voulu vous parler sans avoir auparavant des preuves à la main.

MADAME CASSANDRE

Que vois-je! est-il bien possible, il est votre fils.

NICOLAS

Je suis son père.

LEANDRE à gCHOUX,

Ah, mon papa, vous M. Nicolas vous mon papa.

NICOLAS

Oui, mon cher enfant, et j^aurois toujours caché votre naissance, rapport à ce que vous êtes le filsd*une Portière z'et de moi, n'étoit Tmc^ste dont il a fallu guérir M. Cassandre,

rivale 33^

qui à la fin vous auroit immanquablement fait donner dedans.

ISABELLE

Vous êtes fils d'une Portière, cher 2' Amant; et bien ma chère mère, ça finira-t'il.

MADAME CASS ANDRE

Eh bien, mes enfans, allons signer làdedans le contrat, je consens t'a votre mariage. Ah ça, mon cher, du moins me traiterez*vous mieux par la suite.

NICOLAS

Oui, Madame, ma bonne Dame, j'es{>ere que vous ne forcerez plus ma miséricorde à se changer en justice. Je vous promets de ne jamais mettre la main sur un bâton, et de ne vous plus donner des coups de ma corde, que vous ne m*ayez poussé à bout, et n'ayez offensé moii honneur, ou bien moi, entendez-vous.

MADAME CASSANDRB.

Ah, mon cher, vivons en paix ; mais à propos, apportez-vous ce soir queuque chose pour les noces de nos enfans.

NICOLAS

Je n^ai pu avoir qu'un plat de merluche à l'huile, c'est avec bien de la peine que j*ai

340 La Mère

escamotté deux broches longs de ça, six carpes laitées, un petit saumon fraix, vingtquatre limandes, six macreuses, avec trente merlans, trois queues de morue et un goujon; je n*ai pu avoir que cela dame, on ne trouve rien ces jours-ci, mes Maîtres, en vérité mouront de faim.

LEANDRE

Allons^ allons manger tout à l'heure tout cela.

ISABELLE

Je n^ai point de faim, mais je boirai bien actuellement, je me sens d'humeur à mettre tout aujourd'hui en liquide.

MADAME CASSANORE.

Allons, Nicolas, soyez galant, et donnezmoi la main, soupohs longuement aujourd'hui, s*il est trop tard, vous sçavez bien, mon cher, que vous avez toujours ici un lit, et ma fille, comme moi, nous vous regardons comme le maître de la maison.

NICOLAS

Vrayement j'ai fait stipuler ce dernier article dans le contrat de mariage de Leandre et de Mamselle votre fille. Vous y êtes tous obligés à me nourrir et à me loger quand je voudrai^ et qu'il me prendra la fantaisie

rivale. 3±\

de me retirer. Il y a très-Iong-tems que je voulois avoir comme cela une table avec un lit, fondés quelque part.

MADAME CA8SANDRB.

Pardi, mon ami, vous nous faites bien de rhonneur, et je vous assure que c'est de bon cœur.

LBAlfDRB.

Oh! mon Père, je vous ai une si grande obligation.

ISABBLLB.

Oui, oui, il est bien juste après tout que chacun vive.

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