‹ Théâtre des boulevardsChapitre 145 sur 156 · SCENE IL · texte numérisé non relu

SCENE IL

LE MAISTRE, GILT.ES arrive hardiment et renverse son Maître,

GILLKS.

Je H bien, Gilles, Gilles, Gilles.

LE MAISTRE

Mais voyez un peu cet animal, il a failli de m'^n foncer sa tête dans l'œil.

GILLES

Eh bien, Monsieur, qu'est-ce que vous me voulez ?

LE MAISTRE

Mais brutal, est-ce qu'il faut qu'un valet comme vous se fasse appeler pendant une heure.

GILLES

Pardi, Monsieur, j'étois avec Françoise à tirer un coup de vinaigre à la cave. Mon-

394 ^ Chapeau

sieur, parlez donc, c'est une drôle de fille au ^oiiis, elle m*a dit comme ça: Gilles veuxtu venir avec moi à la cave ? Pardi oui, lui ai-je dit. Oh dame, Monsieur, quand nous avons été à la cave, elle m'a dit: ah ça, Gilles, il ne s'agit pas de cela, c'est qu'il faut tirer un coup de vinaigre. Pardi, Monsieur, je n'ai été ni fou ni étourdi, j'en ai tiré jusqu'à ce qu'elle m'aye dit hola.

Vous avez là une drôle de créature ma foi.

LE MAiSTRE à part,

11 faut malgré moi retenir ma colère : j'ai besoin de ce coquin-là... ah ça, Gilles, jefai choisi parmi tous mes valets...

GILLES à part.

Oh I je le crois bien, car il n^a que moi, les autres s'en sont en allés, parce qu'il les battoit et qu'il ne les payoit pas.

LE MAISTRE

Pour t'envoyer en Hollande.

OILLES.

En Hollande ?

LE MAISTRE

Oui.

GILLES s'en allant.

Oh! voilà qui est fait.

de FcrtHtiatus, 3gh

t.B VAISTKB*

Bh où V!a»*tubutord?

GILLES

Pardi, Moniteur, je m^en v^U* en Hol-

LB MAlSTtlE.

Mais, animal, est-ce que Ton part comme cela sans sçavoir pourquoi l*on va.

GILLBS.

Oh ! oui, Monsieur^ vous avez raison.

LE MAISTRB.

Je veux que tu aille en Hollande pour en acheter des chevaux.

GILLES, i

Ma foi j'avois tort d'aller en Hollande comme un fol, sans sçavoir pourquoi Ton m'y envoyoit. Monsieur il faut donc aller en Hollande pour vous acheter des chevaux.

LE MAISTUB.

Oui, mon ami.

GILLES

Cela vaut fait, adieu. Monsieur.

396 Le, Chapeau

Mais animal, ne yoîs*tu pas eocore que tu n'es qu*une bête.

GILLES

Oh! pardi, Monsieur, pour le coup vous êtes la béte vous-même, et je suis un homme dVsprit; car je ne vas pas en Hollande comme un étourdi, je vas pour y acheter des chevaux.

LE MAISTKE.

Oh butord, animal que tu es! où trouveras-tu de l'argent pour les acheter.

GILLES

Ma foi, Monsieur, vous avez raison. Dame on ne pense pas i tout quand on part.

LE MAISTRE

Tu vois bien qu« tu ne seras jamais qu'une bête? Tiens voilà une bourse dans laquelle il y a trois mille pistoles pour m'acheter les trois chevaux barbes dont j'ai besoin ; et voici une lettre d'adresse pour Monsieur Âmpouisse, mon Marchand ordinaire.

GILLES

Voilà trois mille pistoles pour acheter des chevaux. Mais pour ma dépense il n'y a encore rien. Ah! ah! qui est à présent la béte de nous deux?

de Fortunatus. $^y

Idb MAISTRE.

Tu e» trop TÎf, je veux que tu te nourrisses bien le long du chemin, que tu fasses bonne chère. Tiens voilà deux louis pour ta dépense.

GILLES

Deux louis !

LE MAISTRE

Oui, mon ami, )e ne t'oblige pas à dépenser tout : tu n*as qu^à te ménager honnêtement, et ce qui te restera à ton retour ce sera pour toL'

GILLES

Ce sera pour moi. J^entens cela: les trois mille pistoles sont pour ma dépense^ et les deux louis pour acheter des chevaux.

LE MAISTRE

Mais brutal, crois-tu que je donnerois à un misérable comme toi trois mille pistoles pour sa dépense! non, non, les pistoles sont pour l'emplette des trois chevaux, entens-tu bien, et les deux louis pour ta dépense; ne t'inquicttes pas. Au reste, si ce n'est pas assez, je t'en ferai toucher en route.

GILLES

Oh! voilà qui va bien.

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