‹ Théâtre des boulevardsChapitre 153 sur 156 · SCENE VI · texte numérisé non relu

SCENE VI

LE MAITRE, GILLES

LE MAITRE

ON m'a dit que mon valet Gilles n'étoit pas encore parti; j'ai peur que ce maraud là ne se soit amusé à boire, et qu'on ne lui ait volé mon argent.

GILLES

Il ne me voit pas. Hi, hi, hi.

LE MAITRE

Je crois que je Tapperçois.

410 Le Chapeau

GILLES

Oui-dà, c'est qu'il croit que je n'ai pas mis le chapeau sur ma tête.

LE MAITRE

Que faîs-tu là, coquin >

GILLES

Je suis invisible.

LE MAITRE

Qu'est-ce à dire, invisible?

GILLES

Cest-à-dire que vous ne me voyez pas; et si vous sçaviez ce que c'est que ce chapeau, vous sçauriez que vous ne me voyez pas.

LE MAITRE Ic SOUfflette»

Comment, coquin, je ne te vois pas, tiens, tiens.

GILLES

S'il ne me voit pas, il m*attrape bien, c'est apparemment que j'ai mal mis le chapeau:

allons, mettons-le de Tautre côté. (// ôte son chapeau, le Maître le jette à terre : Gilles le ramasse, et dit.) Oh! le gros sorcier, il me voit à présent, parce que je n'ai pas le cha-

de Fortunatus 421

peau sur la tête. (// le met.) Eti bien, me voyez-vous à présent ?

Le Maître se met en colère, Gilles lui raconte toute Vaventure, le Maître lui demande son argent,

GILLES

Votre argent?

LE MAITRE

Oui, mon argent, où est- il ?

GILLES

Avec la bourse ?

' LE MAITRE

Et la bourse ^

La bourse? avec Targent.

LE MAITRE

Où sont-ils tous deux?

GILLES

Ils sont ensemble.

LE MAITRE

Ah! misérable, je vois bien que Ton fa volé mes trois mille pistoles. (// veut le tuer,)

422 Le Chapeau

GILLES

Ah ! Monsieur, ne me tuez pas ; ils ni^ont promis de me rapporter la bourse et l'argent dans deux heures. Mais, chut ! je les apperçois; retirons-nous.

Ils se retirent chacun de leur côté. Les Filoux reviennent, se félicitent de leur fourberie, et se proposent de partager la bourse. Divertissant dit qu'il en veut les deux tiers:

Sans-Quartier prétend en avoir la moitié; ils se battent, le Maître et Gille$ se jettent sur eux, appellent les voisins à leur secours; ils s'emparent de la bourse, et battent les Filoux qui se sauvent, poursuivis par les voisins. Gilles animé de colère, ne s'en apperçoit pas, il se jette sur son Maître qui tient la bourse, la lui veut arracher, l'assomme de coups. Le Maître crie au secours, les voisins Varrachent des mains de Gilles, qui rosse et son Maître et tous les voisins. Après s'être bien battus, ils se reconnoissent, s'embrassent et finissent ainsi la Parade.

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