‹ Théâtre des boulevardsChapitre 55 sur 156 · II · texte numérisé non relu

II

i3o Blanc et Noir.

ISABEX^LE.

Eh non^ mon cher papa, elle n^y fera que de l'eau toute claire not' Servante; je n*en dormirai pas mieux; car le chaud que j'ai, les puces, les démangeaisons me donnent des rêves que je fais toujours continuellement en dormant, et réveillée,

CASSANDRE

Qu^est-ce donc qu'ils disent ces rêves-là ?

ISABELLE

Dame, ils disent comme c'a la nuit qu'une fille qui n'a pas de quoi s'appuyer, est bien triste.

CASSANDRE

Je le pense tout comme toi.

ISABELLE

Oui, mon cher papa, vous le pensez^ mais voilà tout.

CASSANDRE

Eh bien, je ferai mettre ton lit contre la muraille pour t'appuyer.

ISABELLE

Ah, mon papa, c'a n'y fera rien du tout, je rêverai toujours.

CASSANDRE

Mais à quoi donc ?

Blanc et Noir. i3i

ISABELLE

A ces baigneux de la porte S. Bernard.

CASSANDRE

Ouiy tu as raison, cela est bien salutaire à la santé, et je veux bien employer quatre sols pour t'envoyer avec not* commer^ l'enflée au batteau, quand la chaleur sera bien chaude.

ISABELLE

Mon papa, croyez-moi, mettez vos lunettes, vous n'entendez pas clair, je crois qu'en la foy de mon ame vous me feriez dire des choses qui me feroient rougir mon honnêteté.

CASSANDRE

Mais dis donc, si tu veux, ce que tu veux dire, car pour moi je n'y entends point de finesse; qu*est-ce que ton honnêteté qui rougiroit?

ISABELLE

Eh bien, mon cher papa, c'est que je voudrois bien avoir un homme à moi toute seule.

CASSANDRE

Eh, que ne parles-tu? pourquoi fais-tu tant de façons? je ne pense qu'à te bien établir à un homme qui te fera bien aise.

i32 Blanc et Noir,

ISABELLE

Je' ne demande pas mieux, mon cher papa, ce sera donc Monsieur Leandre ?

CASSANBRE.

Fi donc, Monsieur Leandre, c'est un hautla-queue cettuy-là.

ISABELLE

Tant mieux, mon cher papa : v'ià ce qui s'appelle un bon mari.

CASSANDRE

Oh que nenni : j'ai bien mieux ton affaire, j'en ai deux en main ; foin de moi, c'étoit pour cela justement que je suis venu pour te parler ici.

ISABELLE

Vous en avez deux, mon papa, n'est-ce pas.'

CASSANDRE

Oui.

ISABELLE

Et moi je n'en ai qu'un.

CASSANDRE

Petite fille, si vous n'écoutez, je vousdonnerai tout à l'heure sur la moustache.

Blanc et Noir. i33

ISABELLE

Donnez où vous voudrez, mais je veux Monsieur Leandre.

CASSANDRE

Oh^ vous êtes aussi d'une opiniâtreté trop opiniâtre^ je vais les chercher tous les deux. Oh, pardieu, pardieu, ils sont si différens Tun de l'autre, qu'il n^est pas possible qu'il n'y en ait un qui ne te plaise. Tu vas les voir, des nez, des épaules. Dame^ c'est une bénédiction, et de plus deux grivois qui ont tous deux pignon sur rue.

Page 1