‹ Théâtre des boulevardsChapitre 73 sur 156 · CASSANDRE, ISABELLE, PAQUETTE, GILLES, LEANDRE, M. BRIDE VEAU · texte numérisé non relu

CASSANDRE, ISABELLE, PAQUETTE, GILLES, LEANDRE, M. BRIDE VEAU

LEANDRE

PLACE, place z'à moi, j'amène ici Monsieur Brideveau, not' voisin le Notaire, pour conclure et bâcler tour ceci.

ISABELLE

Quel heureux jour, mon cher Liandre !

LBANDKB à CossandrCé

Il faut. Monsieur, que je vous rende ce qui vous est dû.

' CASSANDRE

Il ne faut point tant de façons pour le mariage de Gilles.

i86 La Vache

LKANDKB.

Monsieur, Monsieur, ce n'est pas de c'a de quoi il retourne, c'est pour moi. Qu'est-ià ?

CASSAND&E.

Comment, Coquin, tu yeux te marier sans mon consentement t et moi je ne veux pas que tu te maries.

LEANDRE

Ah, ventrebleu, Monsieur, après vous avoir fait tant de civilités, je sçais bien ce que je ferai.

CASSANDRB.

Où est donc le respect et la vénération ?

t'empora, o mores.

GILLES

Oui ! au tems des mûres, nous n'y sommes vraiment pas.

CASS ANDRE

Eh bien, malheureux, que feras-tu donc?

LEANDRE

Je me marierai tout seul, et vous ne serez pas de la noce : je vous ai fait les sommations respectueuses, et j'ai plus des années quUl ne m*en faut.

et lé Verni. 187

L ■ I ■ ■ ) ■ ju-r -m 1 I ^ i—m-^rm — i i ■ i ■ ■- -| ' tt-^-

CAS«ANDRX.

Eh, quelle est la malheureuse que tu veux

épouser ?

LEANDRE

Mon père, c'est la charmante z^lsabelle.

Ah ! cela change bien les choses. J^ai été à l'école avec son père, c'est un bon parti.

Allons^ faisons les deux mariages. Asseyonsnous pour faire les contrats ; car Ton dit que c'a donne la goutte de le faire de bout.

ISABELLE

via nos peines heureusement terminées, mon cher Liandre, que je vous embrasse, mon cher beau-pere.

CASSANDRE

J'y consens de grand cœur, mais je veux issi baiser Paquette.

aussi

GILLES

Oh dame, tout doucement. Car je n*ai point , moi , de sommations à vous demander.

PAQUETTE

£h laisse-le faire. Tu comprens bien qu'il ne peut pas faire grand' chose.

fS8 La Vache

Allons, Monsieur Brideveau, foisoos le contrat de Gilles; car pour le mien et cel^i de la charmante zUsabelle, vous l'avez apporté tout fait.

BRIDEYBAU.

Oui, Mon&ieur.

GILI.8S.

Pour moi, j*en veux un tout neuf, qui n'ait servi qu'à moi.

BRIDEVEAU.

Allons, Messieurs, procédons, (à Gilles) Comment vous appelez-vous ?

GILLBS.

Je ne m'appelle point, ce sont les autres qui m^appellent.

BRIDEVBAU.

Votre nom .'

GILLES

Gilles, bâtard de père et de mère, Seigneur du Triolet et de la Tirelire cassée,, dans le territoire de Baise-cul.

BRmEVEAU.

Baise-cul, etcœtera» {à Paquette) Et vous?

et le Veau, 189

PAQUETTE

Paquette Courtalon, iiUe de Jean le Poivre et de Gui Hem eue TEnragée.

GILLES

Parguienne, je ne veux pas que tu res* semble à ton père, ni à ta mère au moins.

PAQUETTE

N'ayez peur, mon cher Gilles.

GILLES

En tout cas pour faire taire une femme, queuque chose qui arrive, il n'y a que deux poings qui servent. Continuez, Monsieur, le premier enfant sera le fils aîné, il en sera de même de la fille, et tous les autres enfans demeureront cadets.

BRIDEYEAU.

Cela est suivant la coutume. Les biens de la future?

i^AQUETTS.

J'apporte à mon mari un petit pré avec son fossé, par lequel le passage est permis à tout le monde; un pot à moigneau, une cruche à tirer le lait, un vaisseaux à battre le beurre, une cage à mettre un rossignol, une nasse à pécher des angiiilles, un en-

igo La Vaché

tonnoir, et vingt douzaines de paires de cornes de bœuf et de bellier, pour faires des lanternes et des chausse-pieds.

Et moi j^apporte une lardoîre, une grande broche^ une bonne forme à vingt points^ une couverture, un pilon, un gros fléau. Je veux que le garçon qui viendra de not* mariage, apprenne à sonner les cloches, et la fille à enfiler des aiguilles, à chauffer le four, à y mettre la pâte.

PAQUETTE

De plus, je promets de laisser à Gilles la jouissance réelle et actuelle de deux moulins qui m*appartiennent, l'un à vent, et l'autre à eau.

LEANDRB à GîlleS,

Vois-tu quel mariage tu fais-là, maître Gilles ? ce n'est pas une fille qui n'ait que trente-trois livres. Outre plus, je m'engage de te loger, nourrir et entretenir tout au moins comme j^ai fait ci-devant.

CASSANDRE

Allons, c'est trop vous amuser à la moU' tarde, et je ne puis plus résister plus longtems.à l'impatience qui merend impatient

et le Veau, 191

de conclure. Âllons> Paquette, donnez*moi la main.

PAQUETTE

J'en suis consentante, Monsieur, mon cher Cassandre.

LE ANDRE

£h où z'allez-vous donc comme c'a tous les deux î

CASS ANDRE

Comment, coquin, tu crois que je te rendrai compte de ce que je fais t

PAQUETTE à Leandre.

Adieu, mon beau-fils.

LBANDRB.

Mats, mon père, vous ne sçavez pas...»

GASSANDRE*

Quoi ?

LEANDRE

Attendez, je vous prie, que je vous dise, c'est qu'elle est grosse.

GASSANDRE.

Isabelle? n'est-ce pas? vraiment, je n'en suis point ignorant.

igt La Vaehe

LEAMDRS»

Eh non, mon père, assurément, z^lsabelle n'a jamais fait des choses comme c'a, c'est moi qui vous en réponds. Je vous dis que c'est de Paquette dont il 8*agtt.

CASSANDRB.

Paquette grosse! Ah vraiment^ il est bon là. N'est-il pas vrai, ma bonne, que c'a n*est pas vrai ?

GILLES

Pardienne, j'aimerois autant demander à un Cabaretier s'il a du mauvais vin.

PAQUETTE

Monsieur Liandre est bien le maître de .

dire tout ce qu'il lui plaira, mon cher mari, I mais vous sçavez ce qui en est.

CASaAMSRE.

Cela z'est bien véritable, ma petite mignonnette; mais je voudrois que cela fût vrai pour le faire enrager, ce coquin là.

ISABELLE

Croyez-moi, mon cher beau«pere, ne vous échauffez pas comme c'a, et vivons aujourd'hui de la bonne façon.

ij

^et le Veau, 198

GILL9S

Oui, donnons-nous en tant qu'à des ndces.

LEANDRE à GUUs,

Je te donnerai une paire de sabots neufs drès tout à stheure.

GILLES

Pardienne^ j'aime mieux une paire de sabots qu'une paire de cornes.

PAQUETTE

Allons, Monsieur Cassandre, ne soyez point fâché, le chagrin ne vous est pas bon.

CASSANORE.

E^ bien, vous avez raison, mes enfans. ^t pour commencer à mettre tout en branle, c'est moi qui ferai les frais des deux charmantes noces. Allons chez mon compère Jambon à la Cour tille.

ISABELLE

Cela z'est bien dit, allons boire, et nous reviendrons après faire le reste de not' mariage.

LEANDRE

Puisque c'a vous plaît ainsi, allons, mon père, mais faites bien les choses, autrement....

194 ^ Vache et le Veau,

CA86ANDRE

Va, tu seras content. Tu trouveras tout préparé, je t'en réponds.

PAQUETTE

Allons, allons, laissons tout c'a. {A Vassemblée) De vot* côté. Messieurs, je vous exhorte d'en aller faire autant.

GILLES

Elle a raison, Messieurs, car chacun a travaille suivant son métier. Le Maréchal sur le soufflet, le Forgeron à la forge, le Musicien avec la fiutte ou sur le boyau, le Boucher sur le baquet aux tripes, le Maçon sur le fondement, le Charpentier à la mortoise, le Tailleur avec Taiguille, le Laboureur à la raye, le Meunier par où Teau sort, et le Boulanger sur le sac à bran. Je vous laisse, Messieurs, sur la bonne bouche. Mes baise-pieds à vos recommandations.

LE

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