‹ Théâtre des salonsChapitre 25 sur 76 · SCÈNE XVIII · texte numérisé non relu

SCÈNE XVIII

ERWIN, LE BARON, SABINE, FRANTZ portant un

second écrin.

le baron, triomphant.

Nous venons admirer.

luigi, en apercevant le baron , relève le maillet de Fr antz, saisit M. de Flekensburg par le bras et le jette à terre .

Misérable! a genoux .. Qu’as-tu fait de ma statue? Qu’as-tu fait de mon honneur et de ma vie ? Tu as réduit un homme au désespoir... No sais-tu pas que le désespoir pousse au crime?... J’ai du sang italien dans les veines , je te tuerai !

Il lève son maillet.

le baron, épouvanté.

Je... Ervvin ! un assassinat!

erwin, retenant le bras de Luigi et lui arrachant le maillet.

Vous perdez la raison , Luigi... D’où vient votre colère? — Que vous a fait le baron? Il est votre rival, ce n’est pas une raison pour le tuer. Vous avez tous les deux des chances égales: lui sa fortune, vous du talent... J’ai les parchemins du baron , montrez-moi votre

œuvre. — Je lui ai donné ma parole, — je crois que Sabine vous a engagé la sienne... Voici un contrat... dans un instant l’un de vous deux va le signer...

luigi , avec abattement.

Vous avez raison, maître, tout est perdu pour moi... Je suis fou, il faut me pardonner... Je n’espère rien !... Disposez de la main de Sabine... Il n’y a point d’artiste ici, mais un pauvre apprenti qu’aveuglait son orgueil et

qu’exaltait son amour Je me suis cru fort, voyez,

je tremble et je pleure... Je me suis cru du génie ! — Je rêvais !... Je me suis cru aimé ! — Je rêvais encore !... Je me réveille, tout a disparu !... (Avec explosion.) Le reste se réglera ce soir!

SABINE

Oui, Luigi, il faut être fou pour s’avouer vaincu avant la bataille... Vous ne croyez plus en vous... J’y crois encore , moi ! et cependant je ne rêve pas. (Pendant qu'elle parle , elle fait glisser le bahut.') C’est à moi d’arracher le voile et de montrer l’œuvre nouvelle... (Elle tire le rideau qui cache sa propre statue .) C’est à moi de dire : — Mon père , qu’en pensez-vous ?

Erwin avance un peu , croise les bras sur sa poitrine et garde le silence. Le baron furieux semble avoir peine à contenir sa colère. Sabine sourit et observe tour à tour Luigi et son

père. Luigi regarde longtemps la statue et passe la main

sur son front comme pour ressaisir le fil de ses idées.

LUIGI

Le songe continue... Cette statue n’est pas de moi... le sujet est le même... L’idée a été comprise autrement... ma tête était moins belle, moins touchante... C’est bien la jeune fille grecque qui inventa la peinture et la sculpture en traçant sur une muraille la silhouette de son amant... La mienne tout a l’heure gisait là mutilée... Erwin ! le mol de cette énigme, ou j’en perds à la fois mon cœur et ma raison ! Non , cette statue n’est pas de moi !

sabine bas à Luigi.

Silence î ( Haut .) Ne vous pressez pas de la renier.

erwin avec gravité.

Tu as fait cela , Luigi !

luigi tremblant.

O maître ! (Rencontrant le regard de Sabine .) Oui , mais...

LE BARON

Vous mentez avec une impudence !

ERWIN

En quoi ment-il ?

LE BARON

Je vous le prouverai. Mon valet, un maladroit qu’il est, a heurté un mauvais plâtre qui, en effet, était bien sorti des mains de ce gâcheur de terre... Holâ! Frantz, n’as-tu pas par mégarde renversé une statuette dans l’atelier?

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