‹ Théatre du Figaro. Avec un rideau dessiné (volume 2)Chapitre 25 sur 77 · LA VIE EN PARTIE D0U8LE · texte numérisé non relu

LA VIE EN PARTIE D0U8LE

Le Ihéâtre est coui)é en deux, comme dans Indiana et Charlemc-' gne et Bonsoir, voisin.

COTÉ SAINT-JULES COTÉ E>'GOULEVE:n'T

s.\K\T'JULEs , à M. Gâte-- engoulevent, seul. —

chair, professeur d'es- Ahisi donc, il y a par le

crime. — Monsieur, je monde un être que je ne

viens chez vous, attiré par connaissais pas avant hier

votre réputation d'abord, et que je ne reconnaîtrais

et ensuite par votre nom, pas aujourd'hui; un hom-

dont l'énergie significative me qui m*a traité d'im-

me plaît et semble offiir mie garantie à mes projets homicides.— Monsieur Gàtechair, je me bats dans trois mois, jour pour jour.

Malheureusement j'ignore l'épée, autant que le fils Ducantal ignorait le trombone. Pouvez-Yous, dans le délai précité, me mettre en mesure de disputer ma vie, à laquelle j''ai plusieurs raisons particulières de tenir?

M. GATECHÂTR. Je Ic

crois, monsieur, sans toutefois lépondrc de rien.

Cela dépend de vos dispositions et de beaucoup de circonstances.

SAINT-JULES. — Eh bien, monsieur, commençons.

perlinent, qui m'a frappé publiquement au visage (le sang de la colère m'en monte aux yeux quand j'y pense!) Cet homme va, pendant trois mois, s'occuper exclusivement des moyens les plus propres à ma destruction. — Trois mois ! il faul convenir que mes témoins en ont agi libéralement avec lui. Je sais bien, ma force à l'épée étantconnue, qu'ilsnepouvaient décemment lui refuser sa demande. Ma's trois mois ! pourquoi pas trois ans? un mois lui suffisait pour se faire honorablement blesser. —N'importe ! dans trois mois ce monsieur Saint-Jules recevra une correction dont il gardera le souvenir, je le jure !

Quinze jours après.

LE PREVOT de M. Gâtechair, à Saint- Jules. — Recevez mes compliments; vous allez bien, très-bien.

Le jarret a de l'assiette, le bras a du ressort.

SAINT-JULES. — Vous ÔlCS

trop bon.

LE PRÉVÔT. — Non , je parle sincèrement. Ce qui me charme en vous, c'est surtout votre sang-froid.

SAINT-JULES. — Je l'ai toujours eu.

LE PREVOT. — Une qualité inestimable! Âvez-vous de la fortune ?

SAINT-JULES. — Peu.

LE PRÉVÔT. — De la famille?

SAINT-JULES. Plus.

LE PRÉVÔT. — De l'ambition?

SAINT-JULES. — Pas.

LE PRÉVÔT. — De l'amour ?

saint-ji:les. — Prou.

Quinze jours nprès.

LE CONCIERGE. — Ulie

lettre pour monsieur.

ENGOULEVENT. — Mcrci.

De Buenos-Ayres et cachetée de noir! Ce doil êlre de mon oncle qui est dans les cacaos. {Lisant.) Ah ! mon Dieu ! il est décédé, me léguant une fortune considérable. Une fortune; cela est écrit. Je n'y complais pas si tôt, le ciel m'en est témoin; mais puisque la voici, qu'elle soit la bien arrivée. Mon cher oncle, que j'ai toujours vénéré de son vivant, ne trouvera pas mauvais que je me réjouisse de ce qui vient de lui. 11 devait bien d'ailleurs s'y attendre un peu, on testant. {Attendri.) L'heure de la délivrance a sonné pour lui :

il était dans les cacaos, il est dans le ciel à présent !

LE PREVOT. — Vous ÔteS

dans les meilleures coiidilioiis pour vous battre.

Vous sentez-vous las? Désirez-vous vous reposer?

PAINT-JULES. — ?^0n.

LE pnÉvoT. — Bravo! recouiniençous. [Ils ferraillent.)

— Une fortune ! à quoi vais-je l'employer? quels sont ceux de mes rêves que je réaliserai les premiers ? Hésitation délicieuse! horizon tendu de félicités ! Je veux acheter du terrain dans le haut du

faubourg du Temple

[Sombre.) Diable ! moi qui ne pensais plus à ce maudit duel !

In mois ajirès.

UiN AMI. — Ah çàl dis donc, Saint-Jules, il paraît (pie tu mènes une existence passablement dissipée depuis quelque temps. Est-ce vrai? On prétend que tu n'as pas assez de fenêtres pour jeter Ion argent ..

SAINT-JULES. — C'est Vrai, mais j'en fais percer.

l'ami. — Tous les jours des parties de plaisir!

Un mois après.

UiN AMI. — Pars-tu avec nous, Engoulevent? Nous allons faire un voyage adorable, Léon et moi, en Espagne, avant que les chemins de fer aient enlièrcment ruiné les sierras.

Pars avec nous, Engoulevent.

fngoulevent. — Je ne peux pas.

l'ami. — L'été est intolérable à Paris, lu le sais

SAhNT-juLEs. — Ajoute :

et toutes les nuits.

l'ami. — Au train dont tu cours, tu n'auras plus le sou dans un an, Saint- Jules.

SAINT-JULES. — Qu'est-ce que cela me fait? Je me bats dans six semaines.

l'ami. — Avec qui?

SAINT-JULE?. — Un M. Engoulevent, une lame de première force. Ma foi! à tout hasard, je me hâte de jouir; je me couronne de roses, comme les anciens.

Cela ne me va pas trop mal, n'est-ce pas?

l'ami. — C'est différent, et lu as peut-être raison.

Adieu, Saint-Jules. Adieu et bonne chance.

SAINT-JULES, seul. Lc

fait est que mes derniers moments seront fort doux, grâce à ce duel. (// s\Hoig ne en fredonnant.)

bien. Dans quinze jours, il n'y aura j)lus que toi sur le boulevard. Pourquoi préférer le ridicule à notre compagnie? Tu es riche et libre, Engoulevent.

ENr.ouLEVE.NT. — Riclie, oui; libre, non. Je me bats dans six semaines.

l'ami. — Avec qui?

EiNGouLEVENT. — Lc premier venu, un M. Saint- Jules.

l'ami. — A propos de quoi?

ENGOULEVENT. • — J'ai rcçu une paire de giffles.

l'ami, — Quoi ! toujours cette ancienne affaire? je la croyais terminée depuis longtemps. C'est différent, alors. Adieu, Engoulevent.

Adieu et bonne chance.

ENGOULEVENT, Seill. Jc

les aurais volontiers accompagnés sans ce duel.

Quel ennui! [Il s éloigne, soucieux.)

Deux mois après.

SAINT-JULES, dansun boudoir, couché aux pieds de Cydaiise. — Fais-moi une cigarette.

cvDALisE. — Que tu es l)oau, mon Saint-Jules!

SAINT-JULES. — Tu trouves?

CYDALTSE. — Fais donc semblant de Fignorer , mauvais sujet!

sAiiNT-jDLEs. — La peste m'étouffe si je savais être beau, il y a deux mois!

C'est l'approche de ce duel qui m'a donné la beauté, comme elle m'a déjà donné l'aplomb et l'audace. Je ])iiis te dire cela à loi, Cydaiise; il existait en moi un homme que je ne soupçonnais pas. En deux mois, je me suis absolument transfiguré. Mon intelligence s'est éclairée à (jionw; j'ai touche à un

Deux mois après.

ENGOULEVENT , daUS UH

jardin, donnant le bras à une jeune fille. — Chère Anna , appuyez- vous sur moi. La belle journée de printemps , n'est-il pas vrai?

ANNA. — Quand nous serons mariés, me mènerezvous souvent au bal?

ENGOULEVENT. — Autant que vous le souhaiterez, mon âme!

ANNA. — Et vous m'aimerez... toujours?

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