SCÈNE PREMIÈRE
Le lliéâtre l'eprésente un salon. Au lever du rideau, M. de Bourdensac, personnage opulent, cause familièrement avec un jeune homme que nous désignerons sous le nom de Landry.
DE BOURDENSAC. — Poiirquoi navez-vous pas commencé par me dire cela tout de suite? Que vous êtes enfant! C'est mille écus qu'il vous faut?
LANDRY. — Mille écus, oui. Et je peu.v vous avouer...
DE BOUHDENSAc. — iS'avouez HOU; c'est iuutile. Je vous en veux seulement d'avoir pris tant de détours avec moi.
LANDRY. — Écoutez doiîc; si vous croyez que c'est amusant d'emprunter!
DE BOURDENSAC. — C'csl pourtaut bicu naturel.
LA^DRY. — Je voudrais vous y voir.
DE BOURDENSAC. — Ma foi, uiou clicr, vous m'y verriez moins gauche et moins embarrassé que vous, j'en ai la certitude. Vous autres, hommes d'intelligence, — non, je veux dire hommes d'art et de poésie, — vous ne savez pas le premier mot de la théorie de l'emprunt. Vous arrivez chez nous avec des mines coiitrislées, avec des regards inquiets, avec des paroles bourrées de défiance. Votre abord seul nous donne froid. Que diable! ne sauriez-vous nous faire la gracieuseté d'une physionomie épanouie et cordiale? L'incertitude du résultai, dites-vous. Eh! mon cher Landry, lorsque vous vous avisez de faire la cour à une femme, n'avez-vous l)as la même incertitude? Cela ne vous empêche pas de déployer auprès d'elle toute votre amabilité. Eh bien, un rendez-vous d'argent est la même chose qu'un rendez-vous d'amour; vous êtes conduit à l'un comme à l'autre par l'espérance. Or, l'espérance ne veut pas de ces airs mortifiés. — Je ne suis pas très-exigeant, et cependant j'ai pour principe que l'argent est comme la fennno : il mérite qu'on lui fasse un peu la cour.
LANDRY. ^ 11 y aui'ail bien des choses à vous répondre là-dessus.
DE BOURDESSAC. — Eiifio, u'ost-il pas étrange que ce
soit inoi, dans celte circonstance, qui cherche à vous remettre en votre légitime phnce? Vous doutez trop de vous, Landry; vous vous faites injure. Vous êtes homme d'esprit, je suis à peu près milhonnaire; nous sommes manche à manche. Si la partie était inégale, ce ne pourrait être que de mon côté, car je n'ai pas toujours eu de l'argent, tandis que vous avez toujours eu de l'esprit. — Je vous prêterai vos mille écus.
LANDRY. — Vous uic rcudcz là un service,..
DE liOURDENSAC. — Laisscz douc. J'attends précisément mon notaire aujourd'hui ou demain : nous avons à causer. Voulez-vous revenir après-demain?
LANDRY. — Après-demain, soit.
DE BouRDENSAC. — G cst uuo affaire arrangée, mon cher Landry. Je suis content que vous vous soyez souvenu de moi. Vraii {Le reconduisant.) Eh! dites, voyezvous toujours la petite Chose?
LANDRY. — La petite qui?
DE BouRDENSAc. — Faitcs douc l'ignorant! Ah çà! de honne foi, est-ce que vous croyez, parce que je suis devenu riche, que j'ai cessé d'être viveur? [S'appuyaut sur le bras de Landry.) 11 faudra que nous fassions un petit souper, un de ces soirs... à quatre. Vous verrez que je suis encore un assez bon compagnon.
LANDRY. — Je n'en doute pas.
DE BOURDENSAC. — Si, si, VOUS OU doutcz, Vous êtes farci de préjugés contre la richesse. Mais vous ver-
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rez, vous verrez ! — Adieu, mon cher. A après-demain. Mille écus. Adieu.
LANDRY. — A après -demain.