‹ Théatre du Figaro. Avec un rideau dessiné (volume 2)Chapitre 47 sur 77 · TROISIEME TABLEAU · texte numérisé non relu

TROISIEME TABLEAU

Même décor. — Neuf heures.

l'estom.vc. — Excelleilt café! arôme péntMrani! Ma foi, encore une tasse.

LE coGN.\c. — A la l)onne iicu.re!

l'estomac. — r)b! doucement, dnucemenl ! Pas tle bain de pied.

i.K RiiT'M. — Tu as raison; le bain de pied est absurde et incommode.

l'estomac. — Mais qui t'appelle, loi?

LE RHUM. — Je viens pousser le cognac.

LE CURAÇAO. — Je viens pousser le rhnm.

l'anisette. — Je viens pousser le curaçao.

l'estomac. — Grâce !

LE KiKscii. — Piancbez-fus, fns audre.^; ne nie regonnaisez-fns boint?

l'estomac. — Ces! le kirscb de la forêt Noire! Je suis joli!

LE KIRSCH. — Ezze gue che fus va's li;r?

l'estomac. — Qu'est-ce qu'il dit?

LE MAP.ASQciiN. — 11 demande s'il te fait peur.

l'estomac. — Je le crois bien, pas bleu!

LE KIRSCH. — Taiteiffle !

l'estomac, au kirsch. — Allons, mon bravo, ne vous fâchez point. On ne fait pas d'esclandre ici. Pourquoi diable venez-vous si tard? On ne compîait plus sur vous.

LE kirsch. — Ch'aggzebde vos exguices.

l'estomac. — Qu'est-ce qu'il dit?

LA crème de mekthe. — Il dit qu'il accepte vos excuses.

l'estomac. — On croirait qu'ils s'apaisent là-haut. .le n'entends presque plus rien. C'est généreux à eux de me laisser un instant de répit.

BAUCAROLE

Comme tout cliaiige ! Il y a quatorze ou quinze ans, je m'estimais heureux d'avoir un hareng saur à mon repas du matin, — et à mon repas du soir ;

Un hareng saur arrosé d'un clairet, qui aurait pu passer facilement pour le Markûwski des clièvi^es. C'était le bon temps, — si l'on veut.

Aujourd'hui, il me faut des chères bien autrement précieuses, des vins bien autrement opulents. Comme tout change !

Et quand même j'aurais conservé une secrète affection pour le hareng saur, quand même je ne serais pas encore insensible aux rudesses de l'argenteuil, — hélas! il me serait impossible d'en obtenir de mon maître. Réputation oblige.

Mon maître est un des notables d'Obésopolis, la cité de l'embonpoint. Il a quotidiennement son couvert mis à toutes les riches tables. Sa grandeur l'enchaîne au pavillon d'Armenonville.

Ah ! je suis un estomac bien malheureux ! Je regrette quelquefois le teuTps où je ne mangeais pas mon content. J'ai la nostalgie de Flicoteaux. — Comme tout change I

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