‹ Théatre du Figaro. Avec un rideau dessiné (volume 2)Chapitre 52 sur 77 · SCENE III · texte numérisé non relu

SCENE III

M. LAMBERT THIBODST, seul.

Lisons la lettre de M. Viennet. « Mon jeune confrère

en Apollon... » Hum! si Théodore Barrière voyait cela ! « Vous serez peut-être surpris de la démarche qui m'est inspirée aujourd'hui par Erato, la plus légère de nos neuf Muses. Je me laisse entraîner par la contagion, je cède au torrent; et puisque la mode est plus que jamais à ce genre frivole qu'Olivier Basselin importa parmi nous, je consens à venir brûler un grain d'encens sur l'autel du Vau de Vire. » {Il va se regarder dans la glace.) Quelle hallucination! Je me suis senti croître dans le dos une petite queue poudrée! Continuons. — « Pégase vous apportera une production badine enfantée par mon cerveau dans quelques veilles, je ne la crois pas tout à fait indigne du suffrage des vieux habitués du parterre... » Ah oui! les vieu.\ habitués du parterre ! Et le coin de la Reine aussi ! « Je l'ai intitulée : Un Doux Larcin^ ou Zélie et Florval; la gaieté de bon goût et les traits de satire que je me flatte d'y avoir semés vous rappelleront les esquisses de Picard et de Dieulafoy. Il y a un rôle pour Odry... » {SHntei'rom- ■pant.) Odry? On ne lit donc pas les articles-Décès à l'Académie française? — '( Si par hasard Odry était retiré du théâtre, vous pourriez aller trouver Perlel; il m'a quelques obligations, et je suis convaincu qu'il se chargerait avec plaisir du personnage de Florval, qui offre un heureux mélange de balourdise et de sensibilité. Enfin, mon jeune confrère, je vous recommande ce nourrisson, et je vous olTre d'en partager la paternité avec moi. Je n'y mets qu'une condition, c'est de me

pemiellre de ne le signer que du pseudonyme dm Ermite ou à'iin Vieux Solitaire. J'aurai l'avantage de venir causer plus longuement avec vous de cette affaire, entre chien et loup. En attendant, permettez-moi dé me dire, avec la plus parfaite, etc., etc., etc. » La place n'est plus toiiable! Trois tragiques sur les bras! et rien que deux cabinets. (// sonne.) Jean!

LE VALET DE CHAMBRE, entrant. — Monsieur a appelé? ^ M. LAMBERT THiBousT. — Jeau, je suis forcé de sortir. Écoute bien mes instructions. 11 va venir tout à l'heure un vieux monsieur, en douillette de soie probablement. Tu l'aboucheras avec les deux personnes qui sont dans les cabinets...

LE VALET DE CHAMBRE. — Oui, monsieur?

M. LAMBERT THiBousT. — Et tu Ics engageras à travailler tous les trois sur ce titre que je leur livre. (// trace sur vne gravide feuille de papier ces mots : les déserteurs DE LA TRAGÉDIE, VaudcviUe.)

LE VALET DE CHAMBRE. — Est-CC tOUf, mOUSicur ?

M. LAMBERT THIBOUST. — Je pars pour quinze jours, Jean. Tu mettras quelques couplets et quelques ensemble à mes dernières pièces, afin qu'elles ne ressemblent pas trop à des comédies. Le ministère d'État est si sévère ! — Adieu. (// va pour sortir.)

LE VALET DE CHAMBRE. — Ah l mousieur, j'oubliais...

M. LAMBERT TIIMiOUST. Quoi doUC?

LE VALET DE CHAMBRE. — Il est \ cuu uuc quatrième

1fi« T„ÉATRE DU FIGARO

personne pour travailler avec monsieur, d'après co qu'elle m'a dit.

Ji. LAMBERT THIBOOST. Son HOm?

LF VALET DE CHAMBRE. —M. ErilCSt LcgOUVé.

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