SCÈNE II
Les })ords de la Seine. Crépuscule. Landry sort d'un restaurant.
LANDRY. — Ces cloisons de cabinets sont si épaisses que je n'ai pres([ue rien entendu de leur conversation. J'ai seulement compris, au dessert, qu'ils se jetaient les
plais el les verres par le visage. — Trois heures à table ! — Je ne répondrais pas de l'entière raison de Bourdensac. Le voici.
DE riotRDENSAC, Cl Ui femme qu'il accompagne. — Eh bien! quoi? puisque je te dis que j'ai tort, Mélanie.
îiÉLAME. — Vous êtes un manant !
LANDRY, à l'écart. — Comme il est enflammé ! cela le défigure absolument. Qui dirait pourtant que c'est là une des colonnes de la finance ! (Une troupe de canotiers aborde au rivage.)
DE BODRDEissAc, les apostrophant. — Ohé! tas de goujons ! marins de poêle à frire !
MÉLANIE. — Tais-toi donc, tu vas t'attirer uns querelle.
UN CANOTIER, s'avançaut. — Monsieur, est-ce, par hasard, à nous que vous vous adressez?
DE BOURDENSAc. — Et pourquoi pas, Jean Bart? C'est donc carnaval toute l'année le long de la Seine?
MÉLANIE, à part. — Ah ! il commence à in'ennuyer, ce Chinois ! Ma foi, je le plante là. {Elle s'en va. Un groupe se forme autour de Bourdensac.)
LANDRY. — L'imprudent! Comment le tirer de ce mauvais pas?
BOURDENSAC. — Vous ? ail bcu ! oui... venez-y donc... Je me f. ..iche de vous tous comme d'un hareng saur. (Brouhaha.)
LANDRY, survenant. — Monsieur a raison. Et vous êtes
un drùle, vous, enlendez-vous? (// prend nn canotier et le secoue au collet.)
LE CANOTIER. — D'oÙ SOl't-il, Cl'lui-là?
LA.NDP.Y. — Monsieur, c'est avec moi d'abord que vous aurez affaire.
LE CAXOTiEii. — Soif, car vous êlcs le plus insolent... mais cela ne m'empêchera pas ensuite de régler le compte de monsieur.
LANDRY. — C'est ce que nous verrons. Voici ma caile.
i.E CANOTIER. — Voici la mienne.
LANDUY. — Je serai clicz vous demain matin, monsieur.
LE c\N0TiER. — Quand il vous plaira, monsieur. (// .s'éloigne avec sa compagnie. Cha)tso)is, se perdant petit à petit. Nuit close.)