II OUVERTURE
placées entre Tarlicle et le vaudeville, dialogues de dix minutes, facéties écrites après déjeuner, portraits grands comme l'ongle, vont perdre beaucoup sans doute à leur réimpression en volume. Qu'y faire? C'est le sort commun aux études de mœurs prises un peu trop sur le vif et sur le nu, fidèles jusqu'à l'outrance, techniques jusqu'au jargon. Ce qui semble devoir les faire vivre est au contraire ce qui contribue le plus promptement à les faire oublier. Elles ont une vitalité prodigieuse, mais pendant vingt- quatre heures seulement; ce sont les éphémères de la littérature parisienne.
Je me souhaite — à tous les points de vue — de relire dans trente ans mon Théâtre du Figaro. Ce sera alors un livre passablement étrange. Le mot exorbitant de la veille sera devenu le mot usuel du lendemain ; la plaisanterie sortie armée et pimpante de mon cerveau aura traîné devant toutes les boites de souffleurs; mon opinion personnelle sur un confrère sera l'opinion de tout le monde. J'étais un paroxyste, je ne serai plus qu'un enragé de modéré ; je m'étais endormi Cyrano de Bergerac, je me réveillerai la Palice.
Heureusement pour les livres de celte sorte il reste
OUVERTURE m
les curieux et les bibliophiles, qui arrivent lorsque le public est parti. Il leur suffit, à eux, d'un mot, d'un Irail, pour sauvegarder un volume ; ce sont de ces gens qui s'arrêtent rêveurs, pendant une demi-journée, devant une gravure de modes, et qui se surprennent de temps en temps à relire YErmite de la Chaussée-d* Antin. Je les ai toujours en vue quand j'écris.
THEATRE