AVEC SON AUTEUR
l'auteur, lisant un manuscrii, — « ... Leshomtnos vous ont pardonné, madame; mais Dieu vous pardonaera*t-il, LUI î (La comtessey étouffant ses sanglots, se jette aux pieds du comte, qui la relève avec dignité. U tend une main à Frédéric; de VauUre» il lui montre le cadavre de Mac-Trevor ; et de Vautre, saisissant le testa^ ment,..
boule-oe*zing. — Ah çà! combien a-t-il donc de mains?
L'AUTEUR, continuant. — « ... (Saisissant le testament y il le déchire à leurs ^eux. Anna va pour s'élancer.
mais le comte j la clattant du regard» lui dU :) Hac-Tré- Tor le bandit n'existe plus; il n'y a plus ici la fille de Hac-Trévor, il y a la fille du comte Sigismond ! (Tableau. La toile tombe,) i Eh biai, qu'en dis-tu? Qu'en pensestu? Est-ce assez joli? est-ce assez corsé?
BOOLE-DB-ZIffC. — Oui... OUI... OUi...
l'adteub. — Est-ce assez mouvementé? Et quelles situations ! un crescendo perpétuel.
BooLB-DE-ziKC. — Certainement: mais...
l'auteur. — Mais quoi ?
BOULE-DE-zijxc. — 11 v a trop de personnages.
l'auteur. — Qu'est-ce que cela te fait? Tu n'en ressortiras que mieux.
BOULE-DE-ziKc. — Tu uc m'eutcuds pas; je veux dire qu'il y a trop de rôles à côté du mien.
l'auteur. — Pas plus qu'il n'en faut : l'amoureuse, le traîlre et le comique. Un drame à quatre; que veux-tu de moins?
boule-de-zinc, marchant dans la chambre. — C'est aonc bien nécessaire, un comique ? Moi, je trouve que c est ce qui compromet toutes les pièces aujourd'hui.
l'auteur. — Celui-là, tu le sais bien, ne fait que passer à travers l'action.
BOULE-DE-ZINC. — Raîsou dc plus; puisqu'il est inutile, tu dois le supprimer.
L* AUTEUR. — Nous vciTons... Quc dis-tu de la jeune première?
BOULE-DE-ZINC, avcc humcur. — Elle a tout. Tu lui as
tout donné. Ai ! tu es encore un joli camarade, toi !
L AUTEUR. — Ma pièce ne peut pas se passer de femmes, cependant. Je n'écris pas pour les lycées.
BOULC-DE-ziNc. — Qu'cst-ce qui te parle de te passer de femmes? Tu aurais pu faire ta jeune première moins intéressante, voilà tout. Deux rôles intéressants dans une pièce se nuisent toujours. C'est élémentaire, cela.
i/ AUTEUR. — Il faut pourtant qu'elle t'aime pour amener la scène de la déclaration. Tu dois être content de la scène de la déclaration, hein?
BOULE-DE-ZINC. — Pas mal, pas mal... mais il est inutile que la femme soit là pendant ce moment. Elle gâterait tout.
l'auteur. — Comment, inutile ! Où veux-tu qu'elle soit, puisque tu tombes à ses genoux?
fiouLE-DE-ziNc. — EUc scra dans un cabinet à côté, où son tuteur l'aura enfennée à double tour. Je tomberai à genoux devant la porte. L'effet sera bien plus grand.
l'auteur. — Je n'y avais pas pensé, je l'avoue.
BOULE-DE-ziMG. — A qui doimes-tu le rôle du traître?
l'auteur. — F^e rôle de Mac-Trévor? à Griboux ; il n'y a que lui.
BOULE-DE-ziNC. — J'en suis fâché; je ne peux pas jouer iivec Griboux, il me donne sur les nerfs; c'est plus fort que moi ! J'ai fait mettre dans mon engagement que je ne serais jamais d'une pièce où serait Griboux*.
L auteur. — Alors, je prendrai Saint-Colin.
BOous-DE-zuic. — Veux-tu un bon conseil? prends plutôt Roussel.
l'auteur. — Une utilité?
BOULE-DE-UAG. — Allons, tu es injuste pour Roussel. Un élève de Hachanette l II te jouera très-proprement ton Mac-Chose. Et puis, un si brave garçon. . . surchargé de famille.
l'auteur. — D bégaye.
BouLE-DE-ziMC. — Non, il biaise. Mais, qu'importe ! Ton traître n'en sera que plus haïssable; c'est ce que tu demandes.
l'auteur. — Pourquoi ne m'invifes-tu pas à le supprimer, lui aussi, comme le comique et ccMume l'amoureuse?
BOULE-DB-ziNG. — Lc fait cst qu'uuo lettre suffirait peut-être. . . Une dénonciation habilement dictée. .. Tu réfléchiras.
l'auteur. — C'est tout réfléchi, je suivrai tes conseils. Seulement, qui de quatre personnages ôte trois, reste un. Il n'y aura plus que toi dans la pièce.
B0ULB*Dfi-ziNG. — Eh bicu?
fHÈATRE BU FIGARO 227