‹ Théatre du Figaro. Avec un rideau dessiné (volume 4)Chapitre 2 sur 70 · OUVERTURE · texte numérisé non relu

OUVERTURE

placées entre Tarticle et le vaudeville, dialogues de dix minutes, facéties écrites après déjeuner, portrails grands comme Tongle, vont perdre beaucoup sans doute à leur réimpression en volume. Qu'y faire? C'est le sort commun aux études de mœurs prises un peu trop sur le vif et sur le nu, fidèles jusqu'à Toutrance, techniques jusqu'au jargon. Ce qui semble devoir les faire vivre est au contraire ce qui contribue le plus promptement à les faire oublier. Elles ont une vitalité prodigieuse^ mais pendant vingt* quatre heures seulement; ce sont les éphémères de la littérature parisienne.

Je me souhaite — à tous les points de vue — de relire dans trente ans mon Théâtre du Figaro. Ce sera alors un livre passablement étrange. Le mot exorbitant de la veille sera devenu le mot usuel du lendemain ; la plaisanterie sortie armée et pimpante de mon cerveau aura traîné devant toutes les boites de souffleurs ; mon opinion personnelle sur un confrère sera Topinion de tout le monde. J*étais un paroxyste, je ne serai plus qu'un enragé de modéré ; je m'étais endormi Cyrano de Bergerac, je me réveillerai la Palice.

Heureusement pour les livres de cette sorte il reste

OUVERTUBE

les curieux et les bibliophiles, qui arrivent lorsque le public est partir K leur suffit, à eux, d'un mot, d un Irait, pour sauvegarder un volume ; ce sont de ces gens qui s'arrêtent rêveurs, pendant une demi-journée, devant une gravure de modes, et qui se surprennent de tenais en temps à relire Y Ermite de la Chausiée-d' Antin. Je les ai toujours en vue quand j'écris.

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