‹ Théatre du Figaro. Avec un rideau dessiné (volume 4)Chapitre 7 sur 70 · SCÈNE III · texte numérisé non relu

SCÈNE III

LANDRY, seuL II sc promènc devant le Cercle de *** et jette de temps en temps un regard sur les fenêtres éclairées, — Bourdensac est là-haut. Je me suis enquis de l'endroit où il passe ses soirées. Il joue, et joue gros jeu à ce qu'il paraît. Funeste passion ! On a vu des gens perdre en quelques heures sur le tapis vert le fruit de toute une existence de travail. — Est-ce une fortune

bien réelle que celle de Bourdensac? Comment se fait-il qu'il n'ait pas mille écus dans son secrétaire? En me parlant, sa voix avait quelque chose de gouailleur ; je me le rappelle à présent. Aurait-il voulu me mystifier? — Oh ! je calomnie Bourdensac, le plus généreux des mortels I — Mortel? cette idée me donne un frisson. (Minuit sonne.) Il ne sortira pas de ce tripot! Je ne peux pourtant point rester là toute la nuit... J'aurais voulu, pour ma tranquillité, le voir s'éloigner vertueusement; moi-même, je l'aurais escorté, de loin, conmie un bon Génie. Cette douceur me sera-t-elle refusée? — Je vais compter jusqu'à cent; à cent, je m'en irai. — Oh ! le jeu 1 dire que l'on tolère cette plaie vivante au sein de Paris. — 11 ne passe déjà plus un chat dans cette rue. Pas un magasin ouvert. Tous les théâtres ont vidé leurs salles. C'est un scandale, cette maison brillante! — 11 serait slupide à moi d'attendre encore; je vais aller jusqu'à ce réverbère et revenir; ce sera tout; puis je partirai décidément. (Minint et demi.) Au fait, Bourdensac gagne peut-être beaucoup d'argent là-haut; pourquoi m'évertuai -je à voir toujours les choses en noir? pourquoi repousserait-il la chance, si elle vient bénévolement à lui? Le jeu a ses favoris, comme il a ses victimes. — Quarante- huit heures! un siècle ! (Landry continue à se promener en long et en large devant la porte du Cercle.)

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