‹ Théatre du Figaro. Avec un rideau dessinéChapitre 51 sur 116 · LE TERME · texte numérisé non relu

LE TERME

Encore la mansarde du poète. Fenêtre ouverte. A|i bord de la fienétre, un conciliabule de moineaux. Dans la chambre, def« bardes éparses, des livres. Le poêle assemble des paquets.

DU ■oiNEAV. — Qu'est-ce que tu fais donc là, poète?

LE POETE. — Tu le Yois, je déménage.

LE ■OISEAU. — Sapristi !

LE POETE. — Et je n'ai pas une ni'nute à perdre ; à midi, il faut que tout soit vide céans. (Il entasse des manuscrits dans une vieille malle.)

i>B DRAME EH VERS, Se plaignant. — Oh ! là! là ! le butor! j'ai mon cinquième ade tout replié.

UN BOMÀH COMMERCÉ. — Ouf! OU nc bousculc pas les gens de la sorte ; mon héroïne doit avoûr au moins le premier chapitre démis.

LE MoiREAD. ^ Pourquoi t'en vas-tu, poète?

LE poiTE. — Il est bon là, le momeau! Je m'en vais parce que le propriétaire m'a donné congé.

SECOHD MoiREAC, sHmmisçant dans la conversation. — Le propriétaire, nous le connaissons : c'est la robe de chambre jaune du premier étage.

LE poËTE. — Juste. Un joli monsieur!

PREiiiER moihbâu. — Nous te regrettons, poète ; tu n'étais pas méchant, quoique tu eusses parfois des mines effarées et que tu parlasses tout' seul, avec de grands gestes ; mais tu ne nous faisais pas peur ; nous t'écoutions, et cela nous amusait. Ton successeur ne sera peutêtre pas aussi drôle.

* SECOND MoiNBAn. — Nous regrettous également les croûtes de pain trempées dans l'eau, que tu nous jetais.

LE POETE. — Bon, bon, cela ne vaut pas la peine de me remercier, mes petits amis. (Une pendule sotme^ pas die% le poète, au dehors.) Dix heures ! hâtons-nous.

PREMiEn MOINEAU. — Que pcuscra la jeune dame d'en face, lorsqu'elle ne te verra plus?

LE poËTE. — Ah! tu l'es aperçu... Moineau, mon bonhomme, vous appartenez à la police.

LA SONNETTE. — Drcliu, drclin!

LE POETE. — Oui, sonne, sonne; c'est ta dernière heure, ma mie ; tu ne me causeras plus de tressaille* menls; sonne tant que tu voudras. (J{ va ouvrir et se trouve devant le concierge.) Vous venez voir si cela s'avance, pèreMathias, n'est-ce pas?

LE CONCIERGE. — Je u'ai pas la cruauté que vous me supposez, monsieur. Et cependant je dois m'avouer coupable envers vous d'un grand meschief.

LE POËTE. — Mon portier qui parle comme Rabelais, à présent ! — Expliquez-vous, père Mathias.

LE GOHCiERGB, embarrossé, — Vous savez bien ce bulletin de la Banque, que je vous ai remis hier, au sujet d'un effet de trois cent quatre- vingts francs souscrit par vous...

LE POÈTE. — Aïe !

LEcoHciERGE. — Vous l'uviez oublié sur votre table; après votre départ, je m'en suis aperçu.

LE POETE. — Bah ! c'est bien possible. Fatale étourderie!

LE coHciERGB, UH fUd de rouçô sur le front. — Je 10 en suis emparé, et, comme il vous invitait à aller payer a¥aat cinq heures, j'ai pris la liberté d'aller payera \0' ire flBice, {Vivement,) Excusez-moi, monsieur, j*ai cm bien faire !

LE POETE , sévèrement. — Vous avez remboursé ce faOlet?

LE coHCiERGE, confus, — Avec mes petites écoiiomies.

LE POETE, après un moment de silence. — Monsieur Mathias, votre conduite n'a pas de nom... je pourrais me plaindre aux tribunaux, vous faire arrêter...

LE coivc:erge. — Moi !

LE POETE. — Comme aliéné. Mais je préfère vous élever à la hauteur d'un ami. Je vous pardonne. Malhias, tu es l'ange du cordon!

LE CONCIERGE. — Ah! monsicur ! (/{ se jette sur la main du poète et la baigne de larmes,)

LE POÈTE. — Dans mes bras ! (Il ouvre ses bi'as au

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conciergcy qui s*y précipite. — la sonneUe Unie de nouveau,) Qui vient troubler notre effusion?

LE GONciKRGB. — Je sais ce que c'est. C'est le propriétaire qui attend sur le palier.

LE POETE. — Sur le palier. . . le propriétaire ?

LE conciERGE. — Il dèsîre instamment vous être présenté. {Entrée respectueuse du propriétaire.)

LE PROPRIÉTAIRE. -* Honsieur, je vous supplie d'oublier un malentendu que je déplore de toutes mes forces. Votre appartement est loué, il est vrai, mais j*ai à vous offrir, aux mêmes conditions, quatre chambres au premier étage, avec balcon sur la rue et la jouissanct* de mon jardin.

LE coRGiERGE, bds OU poëte, — Sa fille est charmante.

LE POETE, de même. — Tais-toi, Nathias.

LE PROPRIÉTAIRE. — J'aîmc les lettres, monsieur, et lorsque vous voudrez bien me faire Thonneur d'assister à nos petites réunions de famille, ainsi que je l'espère, vous verrez chez moi vos œuvres complètes, reliées en maroquin et doublées en tabis. Ah ! vous a\ez un beau talent, monsieur ! Je le disais encore l'autre jour à ma femme.

LE CONCIERGE , bas OU pocte, — Sa femme est délicieuse.

LE POETE, de même. — Tais-toi, Mathias.

LE PROPRiéTAiRE. — Vous étcs l'enchantement de nos soirées d'hiver. — A propos, avez- vous déjeur.é? LE POETE. — Pas encore.

LE PBOPRiÉTAiRE. — Comme c'est heureux !

LE POETE, amer. — Vous trouvez?

LE PROPKIÉTMBE. — Certainement , puisque je vous imite. Allons, venez, mon jeune amî. (Us sortent.)

LEcoHciERGE, scul. — Soigneur! Seigneur! vous êtes grand et miséricordieux ! (/{ esmie les meubles avec son plumeau.)

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