‹ Théâtre du Petit Château. IllusChapitre 56 sur 90 · FRÉDÉRIC LE GRAND · texte numérisé non relu

FRÉDÉRIC LE GRAND

Je vous recommande, pDur mon compte personnel, cette année 1740, ma chère petite. C'est aussi la date de mon avènement , à moi, et il en vaut bien un autre. J'ai l'honneur d'être Frédéric II, roi de Prusse, pour vous servir. On a bien voulu m'appeler le Grand-, et, entre nous, on en avait le droit. Avant moi, la Prusse n'était qu'un méchant petit État, un royaume nouveau-né, qui ne tenait pas de place, pour ainsi dire, sur la carte d'Europe. Quand on a vu que je la faisais grande et forte, Français, Autrichiens, Russes, Saxons, tous se sont mis contre moi. Tous leurs efforts pendant la guerre de sept ans n'ont pu m' arracher des mains ce que j'avais gagné à la guerre de la succession, et mes adversaires ont appris à Crevelt et à Rosbach qu'il ne faisait pas bon se frotter à moi.

(Entre Soubise, une lanterne à la main.) Ma'lS, Dieu me pardonne !

à propos de Rosbach, n'est-ce pas ce charmant prince de Soubise que je vois venir par ici ? Que fait-il là avec sa lanterne? Est-ce qu'il chercha encore les parasols, les perroquets et les caisses d'eau de lavande que j'ai trouvées dans son camp ?

SOUBISE^ promenant sa lanterne près de terre.

Jai beau chercher : où diable est mon armie ? Elle était là pourtant hier matin.

Me l'a-t-on prise, ou l'aurais-je égarée ? Ah! je perds tout, je suis un étourdi !

(Entre le maréchal de Saxe, appuyé sur sa canno.)

LE MARÉCHAL DE SAXE, à Soubise.

Console-toi, mon garçon, tu prendras ta revanche un peu plus tard, et tu battras les Prussiens à ton tour. (a Euphrasie.) Je suis le maréchal de Saxe, ma belle enfant, le fils d'Auguste de Saxe qui avait pris la Pologne à votre Stanislas Leczinski. Tout Allemand que j'étais par la naissance, je n'en suis pas moins le véritable représentant de la gloire militaire en France sous ce règne-ci, qui, sans moi, n'en aurait pas eu beaucoup, entre nous soit dit. Si j'avais été là à la guerre de sept ans, peutêtre bien que M. Frédéric le Grand aurait chanté une autre gamme. Mais ils m'ont enterré à Strasbourg, sur la limite de mes deux patries, six ans auparavant, en 1750. Il y avait alors cinq ans que j'avais gagné ma fameuse bataille de Fontenoy, du fond de la petite carriole d'osier dans laquelle on me traînait à demi mourant. Comme vous le voyez , il y avait encore autre chose en France, à cette époque-là, que des soldats à parasols et à caisses

d'eau de lavande. (Entre Choiseul, tenant par la main la Corse et la Lorraine.)

CHOISEUL. 1

Vous venez de voir, mademoiselle, le grand homme de guerre du règne; j'en ai été le grand ministre, sans me vanter. J'étais l'ami des philosophes qui sont les personnages vraiment importants de ce règne-ci, bien qu'on ne parle pas d'eux dans l'histoire des guerres et des batailles.

J'ai chassé de France, en 1762, les Jésuites, qui me l'ont rendu huit ans après, en faisant arriver mon neveu d'Aiguillon à ma place; mais auparavant j'avais agrandi la France de ces deux provinces que je vous présente, la Lorraine en 1766, à la mort du roi Stanislas...

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