‹ Théâtre du Petit Château. IllusChapitre 61 sur 90 · SCENE II · texte numérisé non relu

SCENE II

LA FEE CURIEUSE avançant la tête à la porte. (A la cantonade.)

Par ici, ma toute belle, par ici; j'ai trouvé le bon endroit.

LE TEMPS

Qui se permet d'envahir mon palais à cette heure solennelle? (a ia fée qui entre.) Qui êtes-vous, s'il vous plaît ?

LA FÉE

Je suis la Fée Curieuse, pour vous servir. Je viens vous demander une toute petite place pour Follette et moi. Nous mourons d'envie d'assister à l'arrivée de la Nouvelle Année.

LE TEMPS

Mon Dieu ! madame la Fée, donnez- vous la peine d'attendre un moment à la porte. Dans quelques minutes elle va sortir ; tout le monde la verra.

LA FÉE

Oh ! ce n'est pas la même chose. La voir avec tout le monde, le beau mérite! Ce n'est pas là ce que j'ai promis à Follette.

LE TEMPS

Serait-ce une indiscrétion de vous demander ce que c'est que Follette?

LA FÉE

C'est ma filleule, s'il vous plaît, une charmante enfant, pleine d'intelligence, dévorée du désir de savoir. Elle veut être la première de sa pension à savoir ce que la Nouvelle Année lui apportera.

LE TEMPS

Je croyais avoir entendu dire qu'on n'était pas curieux dans les pensions.

LA FÉE

Pas toujours assez, aux leçons par exemple; mais Follette fait exception. Tenez, il y a des jours où je suis de bien mauvaise humeur, et le professeur de ces demoiselles a toutes les peines du monde avec elles à sa leçon d'histoire moderne. Figurez-vous que les malheureuses ne savent rien de rien de ce qui s'est passé sur la terre avant elles, et qu'elles n'ont pas le moindre goût pour l'apprendre. Pas plus tard que la semaine dernière, avec les droits de la maison d'Anjou sur le royaume de Naples...

LE TEMPS

Ma chère Fée, je suis un peu pressé, et si nous commençons des histoires de ce genre-là, nous ne finirons que l'année prochaine. Si le cher professeur n'intéresse pas

ses élèves, c'est qu'il s'y prend mal : que voulez-vous que j'y fasse? Mais ce n'est pas de cela qu'il s'agit. Minuit va venir : il faut que vous emmeniez mademoiselle Follette. Je ne puis pas vous garder ici. Gela ne s'est jamais fait.

LA FEE, le cajolant.

Mon cher petit Temps, vous n'aurez pas le cœur de lui

faire Un Chagrin Semblable. (Lui montrant la porte où l'on voit

passer la tête de Follette.) Tenez, voilà sa jolie petite tête qui passe déjà. Elle n'ose pas se montrer, la pauvrette. Regardez Un peu de SOn CÔté. (Le Temps regarde.) Approchez,

Follette, qu'on vous voie mieux. (Follette entre.)

LE TEMPS

Eh bien ! qu'est-ce que vous faites? Je n'ai rien dit.

LA FÉE

Vous avez regardé : vous êtes pris, (a Fouette.) Follette, faites une révérence à Monseigneur. Il vous permet d'assister à la cérémonie.

LE TEMPS, riant.

Voilà qui est fort, par exemple ! Si la filleule n'est que follette, la marraine est folle tout à fait.

LA FÉE

Folle, si vous voulez. Un grain de folie bien employé réussit quelquefois mieux qu'une once de sagesse.

LE TEMPS

Vous venez de le prouver, (a Follette.) Eh bien! mademoiselle, puisqu'on ne peut pas se débarrasser de vous, qu'est-ce qu'il y a pour votre service?

FOLLETTE

Je voudrais bien voir la Nouvelle Année. Où est-elle?

LE TEMPS

En peu de patience, on vous la montrera tout à l'heure. (a part, avec impatience.) Et ce Minuit qui ne vient pas! Qu'estil donc devenu , le petit malheureux ?

FOLLETTE. Elle va examiner le trousseau. Mettant la pelisse.

Oh ! comme on a chaud là-dedans !

L AUTOMNE, lui prenant la pelisse.

Voulez-vous bien laisser cela, mademoiselle! Ce n'est pas pour les petites filles.

FOLLETTE. Elle met le bonnet.

Est-ce qu'il me va bien, ce bonnet-là ? (Tirant la neige.) Qu'est-ce donc que cela?

L HIVER, lui prenant le bonnet.

Eh! malheureuse enfant, vous allez faire tomber toute la neige.

LA FÉE

Voyons, Follette, tenez-vous tranquille, ou l'on va vous renvoyer.

FOLLETTE, portant à la Fée un des épis de la robe d'été.

Tenez, marraine, regardez donc : l'inflorescence en épi! On nous en a parlé l'autre jour, à la leçon de botanique.

LA FÉE, examinant l'épi.

C'est bien, Follette. Je vois avec plaisir que vous retenez ce que l'on vous apprend. (Eiie ôte un grain.) Voyezvous cela? C'était d'abord une petite fleur, dont le haut est tombé, et le bas est devenu un grain de blé. Cet épi a commencé par être un petit bouquet.

L ETE, au Temps.

Maître, elles vont gâter toute la récolte.

LE TEMPS, aux Saisons.

11 faut en prendre notre parti , mes pauvres enfants ; je leur ai permis de rester. Emportez votre trousseau ; il

n'est plus en SÛreté ici. (Les Saisons sortent. A Follette et à la Fée.)

Il faut que je vous quitte aussi, mesdames. Je veux aller à la recherche de Minuit : il commence à m'inquiéter. Pour que mademoiselle Touche-à-tout ne s'ennuie pas trop, je vais lui donner de quoi s'occuper, (a Follette.) On rend donc chez vous ce pauvre professeur bien malheureux, avec l'histoire moderne?

FOLLETTE

Oh ! ce n'est pas nous, ce sont les grandes. Nous autres, nous faisons l'histoire ancienne : c'est très-amusant.

LE TEMPS, lui montrant une porte.

Eh bien ! j'ai là-bas, dans le fond de mes galeries, tous les personnages de l'antiquité. Voyez si vous en reconnaîtrez quelques-uns. Plus près, à quelques pas d'ici, vous trouverez les personnages des temps modernes. Vous pourrez vous assurer par vous-même qu'ils ne sont pas tant à faire peur, (a la Fée.) Je vous abandonne mon palais pour un instant. Promenez-vous à votre aise. (Lui montrant une seconde porte.) Ceci est la porte de l'avenir. N'allez pas de ce côté-là, entendez-vous? c'est défendu, (iisort.)

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