SCÈNE m
GATARINA, DAFNE, RODOLFO, cachi
sur le balcon.
Plus d'un moist Sais-tu qu'il y a plus d'un mois, Dafhe? Oh ! c'est donc fini. Encore si je pouvais dormir, je le verrais peut-être en rêve, mais je ne dors plus. Où est Reginella ?
DAFNE
Elle vient de monter dans sa chambre, où elle s'est mise en prière. Vais-je l'appeler pour qu'elle vienne servir madame? '
CATARINA
Laisse-la servir Dieu. Laisse -la prier. Hélas! moi, cela ne me fait rien de prier.
DAFTTE.
Fermerai-je cette fenêtre, madame?
GATARINA.
Gela tient à ce que je souffre trop, vois- tu, ma pauvre Dafne. Il y a pourtant cinq semaines, cinq semaines éternelles que je ne l'ai vul — Non, ne ferme pas la fenêtre. Gela me rafraîchit un peu. J'ai la tête brûlante. Touche. Et je ne le verrai plus! —Je suis enfermée, gardée, en prison. G' est fini. Pénétrer dans cette chambre, c'est un crime dé mort. Oh ! je ne voudrais pas même le voir. Le voir ici! Je tremble rien que d'y songer. Hélas! mon Dieu! cet amour était donc bien coupable.
mon Diea! Pourquoi est-il rcTena à Padoue? Poorqao» me sois-je laissé reprendre à ce bonhenr qui devait dorer si pen? Je le voyais une heure de temps en temps. Cette heure, si étroite et si vite fermée, c'était le seul soupirail par où il entrait un peu d'air et de soleil dans ma vie. Maintenant tout est muré. Je ne verrai plus ce visage d'où le jour me venait. Oh ! Rodolfo I Dafne, dismoi la vérité, n'est-ce pas que tu crois bien que je ne le verrai plus?
DAFNE
Madame*. ••
GATARINA.
Et puis, moi, je ne suis pas comme les autres femmes. Les plaisirs, les fêtes, les distractions, tout cela ne me ferait rien. Moi, Dafne, depuis sept ans, je n'ai dans le cœur qu'une pensée, l'amour, qu'un sentiment, l'amour, qu'un nom, Rodolfo. Quand je regarde en moi-même, j'y trouve Rodolfo, toujours Rodolfo, rien que Rodolfo. Mon âme est faite à son image. Vois-tu, c'est impossible autrement. Voilà sept ans que je l'aime. J'étais toute jeune. Comme on vous marie sans pitié I Par exemple, mon mari, eh bien! je n'ose seule* ment pas lui parler. Crois- tu que cela fasse une vie bien heureuse? Quelle position -que la mienne I Encore si j*avais ma mère !
DAFNE
Chassez donc toutes ces idées tristes, madame.
CATARINA
Ohl par des soirées pareilles, Dafne, nous avons passé, lui et moi, de bien douces heures. Est-ce que c'est coupable tout œ que je dis là de lui? Non, n'est-ce
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pas? Allons, mon chagrin t'afflige, je ne venx pas te faire de peine. Va dormir. Va retrouver Reginella.
DAFNE
Est-ce que madame ?•.•
GATARINA.
Oui, je me déferai seule. Dors bien, ma bonne Dafne. Va.
DAFNE
Que le ciel vous garde cette nuit, madame!
(Elle tort par U porte de Voratoîre.)