‹ Théâtre du Petit-Château (volume 2)Chapitre 19 sur 147 · DONA LUCREZIA, GUBETTA · texte numérisé non relu

DONA LUCREZIA, GUBETTA

DONA LUCREZIA

Tout est -il prêt pour ce soir, Gubetta?

GUBETTA

Oui, madame.

DONA LUCREZIA

Y seront-ils tous les cinq?

GUBETTA

Tous les cinq.

DONA LUCREZIA

Ils m'ont bien cruellement outragée, Gubetta !

GUBETTA

Je n'étais pas là, moi.

Ils ont élc sans pitié!

GUBETTA

Ils vous ont dit votre nom tout baut comme cela?

DOKA LUCREZIA.

Us ne n'eut pas die mon boib^ Gubetta; ils me Pont craché au visage I

GUBETTA

En plein bal?

DOITA LUCRBZIA.

Devant Gennaro I

GUBETTA

Ce sont de fiers étonrdîs d'avoir qoitté Venise et d'être venns à Ferrare. Il est vrai qu'ils ne pouvaient gnère faire antrement, étant désignés par le sénat ponr faire partie de l'ambassade qui est arrivée l'autre semaine.

DOlfA LtrCREZIA.

Oh I il me hait et me méprise maintenant, et c'est leur faute. -^ Ah ! Gubetta, je me vengerai d'eux !

GUBETTA

A la bonne heure, voilà parler. Vos fantaisies de miséricorde vous ont quittée, Dieu soit loué t Je suis bien plus à mon aise avec Votre Altesse quand elle est naturelle comme ia vmlà. Je m'y retrouve au moîtts. Voyezvous, madame, un lac, c'est le contraire d'une lie ; une tour, c'est le contraire d'un puits; un aqueduc, c^est le contraire d'un pont; et moi j'ai l'hoaneur d'être le contraire d'un personnage vertneux.

DOlfA LUCRBZIA.

Gennanj est avec eux. Prends garde qu'il ne lui arrive nen.

GDBBTTA*

Si nous devcom», vons une borne fenuae, et moi un l)on homme, ce serait monstrueux.

40 LUCRÈCE BORGU.

DONA LUCBi;ZU.

Prends garde qu'il n'arrive rien à Gennaro^ te dis-je!

GUBETTA

Soyez tranquille.

DONA LUCREZIA

Je voudrais pourtant bien le voir encore une fois I

GUBETTA

Vive Dieu! madame, Votre Altesse le voit tons les jours. Vous avez gagné son valet pour qu'il déterminât son maître à prendre logis là, dans cette bicoque, visà-vis votre balcon, et de -votre fenêtre grillée vous avez tous les jours l'ineffable bonheur de voir entrer et sortir le susdit gentilhomme.

DONA LUCREZIA

Je dis que je voudrais lui parler, Gubetta.

Rien de plus simple. Envoyez-lui dire par votre portechape Astolfo que Votre Altesse l'attend aujourd'hui à telle heure au palais.

DONA LUCREZIA

Je le ferai, Gubetta. Mais voùdra-t-il venir?

GUBETTA

Rentrez, madame, je crois qu'il va passer ici tout à riieure avec les étoumeaux en question.

DONA LUCREZIA

xe prennent-ils toujours pour le comte de Belverana?

GUBETTA

Ils me croient Espagnol depuis les talons jusqu'aux sourcils. Je suis un de leurs meilleurs amis. Je leur emprunte de l'argent.

DONA LUCREZIA

De Targentl et pour quoi faire?

GUBETTA

Pardieu ! pour en avoir. D'ailleurs, il n'y a rien qui soit plus espagnol que d'avoir l'air gueux et de tirer le diable par la queue.

DONA LUCREZIA, à part.

O mon Dienl faites qu'il n'arrive pas malheur à mon Gennarol

Et à ce propos , madame , il me vient une réflexion.

DONA LUCREZIA

Laquelle?

GUBBTTA.

C'est qu'il faut que la queue du diable lui soit soudée, chevillée et vissée à l'échiné d'une façon bien triomphante, pour qu'elle résiste à l'innombrable multitude de gens qui la tirent perpétuellement!

DONA LUCREZIA

Tu ris à travers tout, Gubetta.

GUBETTA

c'est une manière comme une autre.

DONA LUCREZIA

Jecrob que les voici. — Songe à tout.

(Elle icntrt dans le palait pur la petite porte sous le balcon.)

42 LUCRÈCE DCmCIA.

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