ACTE IV, SCÈNE I. 1S
Il a toutes les clefs de toutes les serrures ;
Il peut entrer, sortir, dans l'ombre s'approcher,
Et marcher sur mon cœur comme sur ce plancher !
— Oui, c'est que je rêvais I le sort trouble nos têtes
Dans la rapidité des choses sitôt faites. —
Je suis fou. Je n'ai plus une idée en son lieu.
Ma raison, dont j'étais si vain, mon Dieu ! mon Dieu!
Prise en un tourbillon d'épouvante et de rage,
N'est plus qu'un pauvre jonc tordu par un orage !
Que faire ? Pensons bien. D'abord eœpèchons-la
De sortir du palais. — Oh! oui, le piège est là,
Sans doute. Autour de moi, tout est nuit, tout estgouffi e;
Je sens le piège, mais je ne >ois pas. — Je souffre !
C*est dit. Empêchons- la de sortir du palais.
Faisons-la prévenir sûrement, sans délais. —
Par qui ? je n'ai personne !
(U rêve avec accablement. Puis tout à coup, comme frappé d'une idée subite et d'une lueur d'espoir, il relève la tète.)
Oui, don Guritan Vaime !
C'est mi homme loyal ! oui !
(Faisant un signe au page de s*approcIier. Bas.)
Page, à Tinstant même, Va chez don Guritan, et fais -lui de ma part Mes excuses; et puis dis-lui que sans retard Il aille chez la reine et qu'il la prie en grâce, En mon nom comme au sien, quoi qu* on dise ou qu'on fasse, De ne point s'absenter du palais de trois jours ; Quoi qu'il puisse arriver, de ne point sortir. Cours !
(Rap()elant le page.)
Ahl
(U tire de ton garde-notes une feuille et un crayon.)
Qu'il donne ce mot à la reine, et qu'il veille I
(Il écrit rapidement sor son genoa.)
— « Croyez don Guritan, faites ce qu'il conseille! »
(11 ploie le papier et le remet au page.)
Quant à ce duel, dis-lui que j'ai lort, que je suis
A ses pieds, qu'il me plaigne et que j'ai des ennuis;
Qu'il porte chez la reine à l'instant mes suppliques,
Et que je lui ferai des excuses publiques ;
Qu'elle est en grand péril ; qu'elle ne sorte point,
Quoi qu'il arrive. Au moins trois jours! — De point en point
Fais tout. Va, sois discret, ne laisse rien paraître.