‹ Théâtre du Petit-ChâteauChapitre 135 sur 210 · ACTE V, SCENE IV · texte numérisé non relu

ACTE V, SCENE IV

Tout dire. Oh ! croyez-moi, je n'ai pas l'âme yile! Aujourd'hui tout le jour j'ai couru par la ville Comme un fou. Bien souvent même on m'a regardé. Auprès de l'hôpital que vous avez fondé, J'ai senti vaguement, à travers mon délire, Une femme du peuple essuyer sans rien dire Les gouttes de sueur qui tombaient de mon front. Ayez pitié de moi, mon Dieu ! mon cœur se rompt I

LA. RBINE.

Que voulez-vous?

RUY BLAS, joignant les mains.

Que vous me pardonxuez, madame!

LA REmE.

Jamais !

Jamais!

(Il se lèye et mardie lentement vers !■ table.)

Bien sûr I

LA REINE

Non, jamais I

(n prend la fiole posée sur la table, la porte à ses lèvres et la vide

d*iin trait.)

Triste flamme.

Éteins-toi !

LA REINE , se levant et coarant 4 lui.

Que fait-il?

RUY BL AS , posant la fiole.

Rien. Mes maux sont fmis.

Rien. Vous me maudissez, et moi je vous béni^:. Voilà tout.

LA REINE, éperdue.

Don César !

Quand je pense, pauvre ange.

Que vous m'avez aimé !

LA. REINE

Quel est ce philtre étrange ?

Qu'avez- vous fait ? Dis -moi ! réponds-moi! parle-moi! César ! je le pardonne, et t'aime et je te croi !

Je m'appelle Ruy Blas.

LA RBINE , Fentoarant de ses bras.

Ruy Blas, je vous pardonne !

Mais qu'avez-vous fait là ? Parle, je te l'ordonne ! Ce n'est pas du poison, cette aiTreuse liqueur ? Dis?

Si ! c'est du poison. Mais j'ai la joie au cœur.

(Tenant la reine embrassée et levant' les yeux au del.)

Permettez, ô mon Dieu ! justice souveraine !

Que ce pauvre laquais bénisse cette reine, Car elle a consolé mon cœur crucifié, Vivant, par son amour, mourant, par sa pitié !

LA REINE

Du poison! Dieu! c'est moi qui l'ai tiiél Je t'aime! Si j'avais pardonné ?

RUY BLAS, défaillant.

J'aurais agi de même.

(Sa Toix s'éteint. La reine le soutient dans ses bras.)

Je ne pouvais plus vivre. Adieu !

(Montrant la porte.)

Fuyez d'ici I

Page 1