‹ Théâtre du Petit-ChâteauChapitre 146 sur 210 · PARTIE I, SCENE II. 2Gi · texte numérisé non relu

PARTIE I, SCENE II. 2Gi

HERMÀNN.

Soit. Ton iMax était donc dans un lieu fort maussade?...

KARL

Un lieu lugubre, Hermann, un endroit redouté :

tFn essaim de corbeaux, sinistre, épouvanté,

iTourne éternellement autour de la montagne. *

Le soir, leurs cris affreux, lorsque Tombre les gagne,

Font fuir jusqu'à Lautern le chasseur hasardeux.

Des gouttes d'eau, du front de ce rocher hideux.

Tombaient comme les pleurs d'un visage terrible.

Une caverne sombre et d'une forme horrible

S'ouvrait dans le ravin. Le comte Max Edmond

Ne craignit pas d'entrer dans la nuit du vieux mont.

Il s'aventura donc sous ces grottes funèbres.

Il marchait. Un jour blême éclairait les ténèbres.

Soudain, sous une voûte au fond du souterrain.

Il vit dans l'ombre, assis sur un fauteuil d'airain,

Les pieds enveloppés dans les plis de sa robe,

Ayant le sceptre à droite, à gauche ayant le globe,

Un vieillard effrayant, immobile, incliné,

Ceint du glaive, vêtu de pourpre et couronné.

Sur une table faite avec un bloc de lave.

Cet homme s'accoudait. Bien que Max soit très-brave

Et qu'il ait guerroyé sous Jean le Bataillard,

Il se sentit pâlir devant ce grand vieillard

Presque enfoui sous l'herbe et le lierre et la mousse,

Car c'était l'empereur Frédéric Barberousse !

Il dormait — d'un sommeil farouche et surprenant.

Sa barbe, d'or jadis, de neige maintenant.

Faisait trois fois le tour de la table de pierre ;

Ses longs cils blancs fermaient sa pesante paupière ;

Un cœur percé saignait sur son écu vermeil.

Par moments, inquiet à travers son sommeil, Il portait vaguement la main à son épée.

De quel rêve cette àme était-elle occupée ?

Dieu le sait.

HERMÀNN.

Est-ce tout?

KARL

Non; écoutez encor.

Aux pas du comte Max dans le noir corridor.

L'homme s'est réveillé; sa tête morne et chauve S'est dressée, et, fixant sur Max un regard fauve, Il a dit, en rouvrant ses yeux lourds et voilés : « Chevalier, les corbeaux se sont-ils envolés? » Le comte Max Edmond a répondu : « Non, sire. » A ce mot, le vieillard a laissé, sans rien dire. Retomber son front pâle; et Max, plein de terreur, A vu se rendormir le fantôme empereur !

(Pendant que Karl a parlé, tous les prisonniers sont venus se grouper autour de lui, et l'ont écouté avec une curiosité toujours croissante. Jossius s'est approché des premiers, dès qu'il a entenda prononcer le nom de Barberousse.)

HERMANN , éclatant de rire.

Le conte est beau 1

HAQUIN, à Karl.

S'il faut croire la renommée, Frédéric s'est noyé devant toute l'armée Dans le Gydnjs.

JOSSIUS.

Il s'est perdu dans le courant.

J'étais là : j'ai tout vu. Ce fut terrible et grand. Jamais ce souvenir de mon cœur ne s'émbusse. ^' * Othon de Witteisbach haïssait Rarbérousse ; Mais, quand il vit son prince à la merci des flots,

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