PARTIE I, SCENE III
De jouer avec l'âme et la douleur d'un homme! — Mais pardon, tous souffrez ; je vous parle de moi, Mon Dieu I quand je devrais, à genoux devant toi, Ne point contrarier ta fièvre et ton délire, Et te baiser les mains en te laissant tout dire !
RÉGINA
Mon sort, comme le vôtre, Otbert, d'ennui fut plein. Que suis-je? une orpheline ; et vous? un orphelin. Le ciel, nous unissant par nos douleurs communes. Eût pu faire un bonheur de nos deux infortunes ; Mais....
OTBERT, tombant k genoux devant elle.
Mais je t*aimerai ! mais je t'adorerai I Mais je te servirai ! si tu meurs , je mourrai ! Mais je tuerai Hatto, s*il ose te déplaire I Mais je remplacerai, moi, ton père et ta mère ! Oui, tous les deux! j'en prends l'engagement sans peur : Ton père, j'ai mon bras ; ta mère, j'ai mon cœur I
REGINÀ.
O doux ami ! merci ! Je vois toute votre âme : Vouloir comme un géant, aimer comme une femme. C'est bien vous, mon Otbert; vous tout entier. £Ii bien , Vous ne pouvez, hélas I rien pour moi.
OTBKRT, se relevant.
Si!
RSGINA.
^on, rien.
Ce n*est pas à Hatto qu'il faut qu'on me dispute. Mon fiancé m'aura sans querelle et sans lutte ; Vous ne le vaincrez pas, vous si brave et si beau, • Car mon vrai fiancé, vois-tu, c'est le tombeau ! — Hélas! puisque je touche à cette nttit profonde.
Je fais de ce que j'ai de meilleur en ce inonde
Deux parts: Tune au Seigneur, l'autre pour vous. Je veux.
Ami, que vous posiez la main sur mes cheveux ,
Et je vous dis, au seuil de mon heure suprême ;
< Otbert, mon* âme à Dieu, mon cœur à vous.... Je t'aime! »
EDWIGE, entrant.
Quelqu'un I
RÉGINÀ, à Edwige.
Viens.
(Elle fait quelques pas vers la porte bâtarde, appuyée sur Edwige et sur Otbert. Au moment d'entrer sous la porte, elle s'arrête et se retourne.)
Oh! mourir à seize ans, c'est afFrenxI Quand nous aurions pu vivre ensemble, aimés, heureux! Mon Otbert, je veux vivre, écoule ma prière I Ne me laisse pas choir sous cette froide pierre I La mort me fait horreur! Sauve-moi, moil amant ! Est-ce que tu pourrais me sauver, dis, vraiment ?
OTBERT.
Tu vivras !
(Régina sort avec Edwige. La porte se referme. Otbert semble la suivre des yeux et lui parler, quoiqu'elle ait disparu.)
Toi ! mourir si jeune, belle et pure !
Non, dussé-je au démon me donner, je le jure, Tu vivras !
(Ai)erceva9t Guanbumara, qui est depuis quelques instants immobile
au fond du théâtre.)
Justement 1