‹ Théâtre du Petit-ChâteauChapitre 65 sur 210 · SCÈNE ï · texte numérisé non relu

SCÈNE ï

LA REINE, LA DUCHESSE D'ALBUQUERQUK, DON GURITAN, CASILDA, Duègnes.

LA REINE

Il est parti pourtant ! je devrais être à Taise. Eh bien, non l ce marqu's de Finlas, il me pèse I Cet homme-là me hait.

CASrLDA.

Selon -votre sodliait N*e5t-i!l p»5 ewi'lé?

UL REINE

Cet homme-là me haiiL

CA.SILDJL.

Votre Jiajesté...»

LA. nJEl'MB.

Vrai 1 Casilda, c'est étrange.

Ce marquis est pour moi comme le mauvais ange. L'autre jour, 51 devait partir le lendemain, Et, comme à l'ordinaire, il vint au baisemain^ Tous les grands s'avançaient vers le trône à la file; Je leur livrais ma main, j'étais triste et tranquille Regardant vaguement, dans Je salon obscur, Une bataille au fond peinte sur uto grand lunr. Quant tout à coup, mon œH se baissant vers la table, Je vis venir à moi cet h(HiiiDe redoutabk !

Sitôt que je le vis, je lae vis plus que lui. Il venait à pas lents, jouant avec Tétui D'un poignard dont parfois j'entrevoyais la lame.

ACTf. n, SCÈNE I. iâOî

Grave, et m'éblouissan^'de son regard de flamme. Soudain il se courba, souple et comme rampant.... — Je sentis sar ma main sa bouche de serpent!

CASILDA.

Il rendait ses devoirs. — Rendons-nous pas les nôtres?

LA REINE

Sa lèvre n^ était pas comme celle des autres.

C'est la dernière fois que je l'ai vu. Depuis,

J*y pense très-souvent. J'ai bien d'autres ennuis.

C'est égal, je médis : c L'enfer est dans cette Ame.

Devant cet homme-là je ne suis qu'une femme. »

Dans mes rêves, la nuit, je rencontre en chemin

Cet effrayant démon qui me baise la main ;

Je vois iuireson œil d'où rayonne la haine ;

Et, comme un noir poison qui va de veine en veine.

Souvent, jusqu'à mon cœur qui semble se glacer,

Je sens en longs frissons courir son froid baiser I l^**^

Que dis-tu de cela ?

CASILDA.

Purs fantômes, madame !

LA REINB.

Au fait, j'ai des soucis bien plus réels dans l'àme.

(A part.)

Oh I ce qui me tourmente, il faut le leur cacher !

(A CasUda.)

is-moi, ces mendiants qui n*osaient approcher....

CASILDA , allant à U fenêtre.

sais, madame, ib sont encor là^ dans la place.

LA REINE

Tiens, jette-leur ma bourse...

(Casilda prend la boarse et ya la jeter par la fenêtre.)

GASILDA.

Oh ! madame, par gr&ce^ Vous qui faites Taumône avec tant de bonté,

(Montrant à la reine don Guritiin, qui, debont et silencieux au fond de la chambre, ûxe sur la reine un oeil plein d'adoration muette.)

Ne jetterez- VOUS rien au comte d'Onate?

Rien qu'un mot I — Un vieux brave, amoureux sous Farmure î

D'autant plus tendre au cœur que Técorceest plus dure.

LA REINE

Il est bien ennuyeux!

GASILDA.

J'en conviens. — Parlez-lui I LA REINE, se tournant vers don Guritan.

Bonjour, comte ! ^ y

(Don Guritan s'approche avec trois révérences, et vient baiser en soupirant la main de la reine, qui le laisse faire d'ua air indifférent et distrait. Puis il retourne à sa place, à côté du siège de la camerera mayor.)

DON GURITAN, en se retirant, bas à Casilda.

La reine est charmante aujourd'hui!

GASILDA , le regardant s'éloigner.

Oh I le pauvre héron ! près de l'eau qui le tente. Il se tient. Il attrape, après un jour d'attente, Un bonjour, un bonsoir, souvent un mot bien sec, Et s'en va tout joyeux, cette pâture au bec.

LA REINE, avec un soarire triste.

Tais- toi!

GASILDA.

Pour être heureux, il suflSt qu'il vous voie. Voir la reine, pour lui cela veut dire : — Joie !

(S'extasiant sur une boite posée sur un guéridon.)

Oh 1 la divine boite !

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