ACTE II, SCÈNE III
RUT BLAS, éperdu.
Oh!
(Le regard de la reine et le regard de Ruy Blas se rencontrent.
Un silence.)
LA REINS , à part.
C'est lui 1
RUY BLAS , à part.
Sur son cœur !..,
LA REINE, à part.
C'esl lui !
RUY BLAS , à part. ,
Faites, mon Dieu, qu'en ce moment je meure!
(Dans le désordre de toutes les femmes s'empressant autour de Ruy Blas, ce qui se passe entre la reine et lui n*est remarqué de personne.)
CASILDA, faisant respirer le flacon à Ray Blas.
Comment vous étes-vous blessé? c'est tout à l'heure ? Non ? cela s'est rouvert en route ? Aussi pourquoi Vous charger d'apporter le message dn roi ?
LA REINE, à Casilda.
Vous Unirez bientôt vos questions, j'espère.
LA DUCHESSE, à Casilda.
Ou'est-ce que cela fait à la reine, ma chère ?
LA REINE
Puisqu'il avait écrit la lettre, il pouvait bien L'apporter, n'est-ce pas?
CASILDA.
Mais il n'a dit en rien Qu'il ait écrit la lettre.
LA REINE, à part.
Oh!
(A Ciisilda.)
Tais-toi I
CASILDA , û Rny Bina.
Votre Grâce Se trouve-Nelle mieux?
Je renais!
LA REINE , à ses femmes.
L'heure passe, Rentrons. — Qa'en son logis le comte soit conduit.
(Aux pages au fond du théâtre.)
Vous savez que le roi ne vient pas cette nuit : Il passe la saison tout entière à la chasse.
(Elle rentre avec sa suite dans ses appartements.) CASILDA , la regardant sortir.
La reine a dans l'esprit quelque chose.
(Elle sort par la même porte que la reine en emportant la petite
cassette aux reliques.)
RUY BLAS, resté seul.
(Il semble écouter encore quelque temps avec une joie profonde les dernières paroles de la reine. 11 paraît comme en proie à un rêve. Le morceau de dentelle, que la reine a laissé toml)er dans son trouble, est resté à terre sur le tapis. 11 le ramasse , le regarde avec amour et le couvre de baisers. Puis il lève les yeux au ciel.)
O Dieu ! grâce ! Ne me rendez pas fou !
(Regardant le morceau de deutelle.)
C'était bien sur son cœur !
(Il le cadie dans sa poitrine. — Entre don Guritan. 11 revient par la porte de la chambre où il a suivi la reine. Il marche à pas lents vers Ruy Blas. Arrivé près de lui sans dire un mot, il tire à demi son épée et la mesure du regard avec celle de Ruy Blas. Elles sont inégales. Il remet son épée dans le fourreau. Ruy Blas le regarde iaire avec étonnement.)