ACTE III, SCENE IV
S'entr ouvre en m'inondant de vie et de rayons I
Partout en inoi, hors moi, joie, extase et mystère,
Et l'ivresse, et l'orgueil, et ce qui, sur la terre,
Se rapproche le plus de la divinité,
L'amour dans la puissance et dans la majesté I
La reine m'aime! 6 Dieu! c'est bien vrai, c'est moi-même.
Je suis plus que le roi, puisque la reine m'aime !
Oh ! cela m'éblouit. Heureux, aimé, vainqueur !
Duc d'Olmedo 1 — L'Espagne à mes pieds I — J'ai son cœur
Cet ange, qu'à genoux je contemple et je nomme,
D'un mot me transfigure et me fait plus qu'un homme!
Donc je marche vivant dans mon rêve étoile I
Oh! oui, j'en suis bien sûr, elle m'a bien parlé.
C'est bien elle ! Elle avait un petit diadème
En dentelle d'argent; et je regardais même,
Pendant qu'elle parlait, — je crois la voir encor, — •
Un aigle ciselé sur son bracelet d'or.
Elle se fie à moi, m'a-t-elle dit. — Pauvre ange !
Oh ! s'il est vrai que Dieu, par un prodige étrange.
En nous donnant l'amour, voulut mêler en nous
Ce qui fait l'homme grand à ce qui le fait doux,
Moi, qui ne crains plus rien maintenant qu'elle m'aime,
Moi, qui suis tout-puissant, grâce à son choix suprême,
Moi, dont le cœur gonOé ferait envie aux rois,
Devant Dieu qui m'entend, sans peur, à haute voix,
Je le dis, vous pouvez vous confier, madame,
A mon bras comme reine, à mon cœur comme femme I
Le dévouement se cache au fond de mon amour
Pur et loyal ! — Allez, ne craignez rien!
(Depuis quelques instants, un homme est entré par la porte du fond, enveloppé d'un grand manteau, coiffé d*un chapeau galonné d'argent. Il s*cst avancé lentement vers Ruy Blas sans être vu, et, au moment où Roy Blas, ivre d'extase et de bonheur, lève les yeux an
ciel, cet homme lai pose brusquement la main sur l'épaule. Ruj bias se retourne comme réveillé subitement ; Thomme laisse tomber son manteau, et Ruy Blas reconnaît don Salluste. Bon Salluste est vêtu d'une livrée couleur de fen à galons d'argent pareille à oàle du page de Ruy Blas.)