ACTE II. l'J.J
tressaillir nos aïeux dans le plomb de leur cercueil. Non, je ne croyais point qu'il y eût tant de royalistes en France... Tenez! à deux pas d'ici, rue Saint-Honoré, qu'est-ce que je vois? un jacobin qui était battu par une femme... J'ai été si touché de ce beau trait que, ma foil j'ai embrassé la femme...
LA CUANOINESSE.
Mon frère !
LE COMTE
Ma sœur : le Roi et les dames ! c'est ma devise et mon cachet. Maintenant là-bas, tout va bien... Les suisses rangés comme de vraies murailles... le bataillon des Filles Saint-Thomas à son poste, trois canons dans la cour Royale, un dans la cour des Princes, un dans la cour de Marsan... Tout le monde disposé à faire son devoir... Les gentilshommes se pressant autour du Roi... Ah! il a eu ce soir un plus beau coucher que tous les couchers de Louis XIV!... Des faubourgs, rien que de bons rapports : un rassemblement de quinze cents Marseillais à peine, les sections en désarroi... La chambre du conseil était pleine, un vrai conseil de guerre... la Reine sur un tabouret... (ii se promène.) Le
Roi est calme... (S'adressant à sa sœur et à sa nièce.) Ah !
Mesdames, le grand spectacle que vous avez manqué!... je vous ai regrettées quand d'Hervilly..,
LA CHANOINESSE
Notre parent par les Hauteterre...
LE COMTE
Quand d'Hervilly a commandé, l'épée nue, à
l'huissier de la chambre, d'ouvrir à la noblesse française... vous auriez vu se ranger dans la salle de billard les plus grands noms de la France à côté des plus petits... Mais on n'y regardait pas : tous ceux qui étaient là s'appelaient le Dévouement... Saint-Souplet n'avait pour arme qu'un morceau de pincette !... un tableau où il y avait à rire, le diable m.'emporte, mais qui donnait envie de pleurer! Soyez tranquille, avec de si braves gens, l'aide et la garde de Dieu, ma sœur, croyez-moi, nous vaincrons. Et alors lo Roi redeviendra le Roi. Tous les Français s'embrasseront...
LA CUANOINESSE.
Sauf ceux qu'on pendra ! .
Nous fermerons notre boutique de gazettes. Nous marierons notre petite Blanche ; moi, j'élèverai les garçons qu'elle aura. Je me rappellerai mon académie de la (îuérinière pour les mettre en selle. Je leur apprendrai les secrets d'une vieille lame qui a fait parler d'elle en son temps. Je leur montrerai à lire dans des chroniques où je leur ferai épeler l'honneur et la chevalerie. Nous vivrons en famille, en nous aimant de tout près. Les jours où il pleuvra, ma sœur me fera de la morale... Et nous serons heureux jusqu'à cent ans comme dans les contes de fées pour les petites filles, ma Blanche I
LA CUANOINESSE.
Vous ne repartez pas, mon frère?