ACTE IV
tout îi fait une paysanne, d'être un peu sortie de mon ignorance, de ma condition... Il m'a fait devenir meilleure... C'est lui qui m'a appris à lire, qui m'a ouvert la tête à bien des choses, qui m'a fait voir dans de vieux livres ce qui est beau et bon dans les livres ^ ce qui vous donne envie de faire le bien...
BLANCHE
Tu es bien heureuse... Et tu vas l'épouser?
MADELEINE
Non.
BLANCHE
Non? Pourquoi?
MADELEINE
Mademoiselle, je suis jeune, mais je n'ai pas beaucoup à vivre... Je l'ai entendu de la bouche du médecin qui m'a soignée ily a deux ans, et qui ne savait pas que je l'entendais.
Oh ! la vilaine ! (Eiie rembrasse.) Veux-tu bien te taire.
MADELEINE
Quelques années... pas plus... Oh! je le sens. Pourquoi lui apporterais-je ce grand chagrin? Non, non, j'ai renoncé à ce bonheur... Quand je n'y serai plus... le temps... oh! le temps efface tout... Il aura une autre femme, des enfants... Peut-être, s'il se rappelle, il donnera mon nom à une petite fille... une petite fille !... Mais ne parlons plus jamais de cela... Tenez, Mademoiselle,
j'ai besoin de toute ma tctc ici, avec mon père... Oh ! ne le croyez pas méchant, mais il est si faible ! on ne peut lui confier que la moitié des secrets de la maison... Quand les autres l'ont fait boire, il se met à avoir peur et il tremble du bien qu'il fait... Et puis ne voilà-t-il pas aujourd'hui qu'on se met à nous soupçonner, et ce Boussanel, l'affreux dénonciateur, qui est sur votre trace! Ai-je eu peur quand je vous ai vue dans les bras de votre oncle!,.. 0 Mademoiselle, vous me le promettez, vous ne sortirez de vo^re cachette, que lorsque je vous ouvrirai moi seule... C'est qu'il avait si peu l'air de votre oncle!... Vous connaissez donc ce général, Mademoiselle? Lui, quoiqu'il soit avec les autres, il n'a pas l'air si mauvais... mais tout de même est-ce que vous ne craignez rien de lui?
BLANCHE
De lui! craindre quelque chose? C'est vrai, elle ne sait pas... Mais c'est un ami d'enfance... et depuis, toutes les fois que je l'ai revu, c'a été dans des circonstances... oh! des circonstances qui font qu'on se souvie.nt! D'abord, le jour de ma sortie du couvent, où on l'a apporté sur ce canapé, blessé, et oii il a mis, je crois, du sang à ma robe de mariage : je ne devais jamais, jamais, la porter celle-là!... Puis au 10 août, dans cette affreuse nuit du iO août, encore lui, venant nous dire de fuir... Et la dernière fois à Verdun, où ma tante m'avait emmenée... Ah! Verdun... cette salle... l'horrible scène!... Et moi qui étais avec ceux qui lui criaient : Meurs donc ! 11 parlait... il parlait comme je n'ai